Sans prétendre que l'engagement volontaire réglerait tous les problèmes, la psychologue à la Clinique des troubles alimentaires BACA, Isabelle Guimond, croit qu'une telle mesure aurait des effets positifs sur l'image que les femmes ont d'elles-mêmes. «Trois Québécoises sur quatre ne sont pas satisfaites de leur corps», dit-elle.
De son point de vue, le manque d'estime de soi provient principalement de l'image de la femme qui est véhiculée par les médias. La génétique d'un mannequin (grande et mince), est assez rare, selon elle. Ce type de morphologie ne représente que 5% de la population, laissant le soin au reste de rêver de perfection.
Prenant l'exemple de la compagnie Dove, Mme Guimond ajoute que le fait de voir des femmes de différents gabarits présenter leurs produits encourage les femmes à se trouver belles.
Kenneth Bruce est psychologue en désordre alimentaire à l'Institut Douglas de Montréal, centre universitaire qui se spécialise en santé mentale. «Si les consommateurs se tournent davantage vers les produits dont la publicité respecte la femme, les entreprises vont suivre, dit-il. C'est toujours une question d'argent. Si les ventes baissent, ils vont réagir!», laisse-t-il tomber. Il n'est donc pas nécessaire, selon lui, d'imposer une loi.
Quant à Mme Guimond, elle donne une chance au coureur, mais dit avoir des réserves relativement à l'efficacité d'une charte basée uniquement sur l'engagement volontaire des compagnies. «Allons-y de façon volontaire d'abord, puis avec une loi si ça ne fonctionne pas», conclut-elle.
Du côté de la mode
Martine Léveillé, directrice de l'agence de mannequins Les Muses de Québec, dit être très attentive dans sa sélection. «Je fais très attention aux signes d'anorexie, dit-elle. Il est facile de déceler si la fille devant moi fait un régime drastique, ses cheveux sont cassants et verts, elle est trop maigre et a le teint verdâtre. Dans ce temps-là, je les dirige vers l'aide appropriée», explique Mme Léveillé.
Ainsi, la directrice ne craint pas de voir une loi s'immiscer dans le paysage de la mode. Et si une charte volontaire contre l'anorexie voyait le jour, elle serait fière d'afficher son adhésion au mouvement. Elle note cependant que le problème est plus ou moins visible dans la capitale, comparativement à Montréal, où il y a plus de stylistes. «Ce sont eux qui demandent des mannequins grands et minces. Ils veulent des cintres pour leurs créations!», lance-t-elle.
Dans les bureaux corporatifs du designer montréalais Philippe Dubuc, il a été impossible d'obtenir un commentaire. Joint par téléphone, un représentant de la boîte située au coeur du Plateau Mont-Royal, a refusé de parler d'anorexie avec la journaliste du Soleil.
L'ADQ estime plus urgent de s'attaquer à l'obésité
L'ADQ trouve incongrue et déconnectée de la réalité la proposition de la ministre St-Pierre de créer une charte pour contrer l'anorexie.
Éric Caire, porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, affirme que «le réel problème de notre jeunesse actuellement, c'est l'obésité, pas l'anorexie». Sans toutefois vouloir banaliser la question, le député de La Peltrie affirme qu'il est plus urgent d'agir sur la question de l'obésité que de prévenir la maigreur excessive qui ne frappe, selon lui, qu'une mince partie de la population. Entre 1981 et 1996, les cas d'obésité et d'embonpoint auraient augmenté de 92 % chez les hommes et de 57 % chez les femmes, selon lui. «Il est urgent d'agir. Il faut sensibiliser les gens à l'importance d'avoir une saine alimentation et de faire de l'activité physique», affirme-t-il. Le cas est d'une telle gravité que les jeunes d'aujourd'hui ont une espérance de vie plus courte que celle de la génération qui la précède, selon M. Caire. «C'est la première fois qu'on voit ça, et c'est dû, en bonne partie, aux problèmes de surpoids», renchérit-il.
Ainsi, la ministre ferait fausse route en ne prenant pas en considération le travail de l'ancien ministre de la Santé. «M. Couillard était très sensible à la question de l'obésité. On dirait que Mme St-Pierre n'a pas consulté son équipe avant de faire sa déclaration», dit-il. L'équipe du ministère de la Santé et des Services sociaux n'a pas donné suite aux appels du Soleil.










