Au Québec, c'est pour bientôt. Enfin, dès que la technologie sera disponible et que les maisons d'éditions auront conclu des ententes concernant les droits d'auteurs.
Il y a plusieurs années déjà, Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) a entrepris un vaste programme de numérisation de sa collection. Le Québec est même à l'avant-garde dans ce domaine, affirme Lise Bissonnette, présidente et directrice générale de BAnQ, rencontrée à l'occasion du Congrès mondial des bibliothèques et de l'information (voir encadré).
«En Francophonie, c'est nous qui sommes les plus avancés. La France a plus de titres numérisés en terme de livres, mais notre offre numérique est plus diversifiée. On offre des livres, des périodiques, des journaux, des cartes postales, des affiches...»
Pour l'instant, BAnQ numérise ce qui est libre de droits d'auteur. Documents publics, anciens journaux, etc. D'ici dix ans, tout le patrimoine québécois sera disponible en version électronique, estime Mme Bissonnette. Mais la révolution numérique ne représente pas nécessairement une menace à l'existence des bibliothèques «entre quatre murs». Au contraire. Le rôle des bibliothèques restera toujours d'organiser les collections, qu'elles soient faites de papier ou de code binaire, ajoute-t-elle.
Les bibliothèques sont d'ailleurs plus populaires que jamais. «C'est l'équipement qui se construit le plus dans le monde aujourd'hui, affirme la pdg de BAnQ. Il n'y a plus de lieu de rassemblement gratuit et accessible à tout le monde. Autrefois, c'était l'église ou le magasin général. Maintenant, ce sont les bibliothèques qui deviennent le lieu citoyen par excellence. Puisque les gens sont de plus en plus scolarisés, ils ont envie de fréquenter ces lieux de savoir et de culture. On observe le même phénomène partout.»
Même son de cloche de la part de Réjean Savard, professeur à l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information (EBSI) de l'Université de Montréal. «Les bibliothèques sont là pour rester, même si le numérique est appelé à prendre de plus en plus de place, dit-il. On est dans l'ère des bibliothèques hybrides», où les éditions papier côtoient le virtuel.
Même lorsque le livre électronique ? dans lequel on téléchargera les fichiers numériques empruntés par Internet ? sera aussi populaire que le iPod, la bibliothèque conservera sa raison d'être, ajoute M. Savard. «La bibliothèque est là pour mettre en commun des collections, qu'elles soient virtuelles ou non, afin de les rendre disponibles à la population. Le rôle de la bibliothèque est de diminuer la fracture numérique et de démocratiser le savoir», dit-il.
Révolution numérique
Présentement, plusieurs dizaines de modèles de e-books existent déjà sur le marché, mais les titres à télécharger restent limités. Impossible de lire «électroniquement» le dernier roman de Marie-Claire Blais ou l'oeuvre de Balzac, par exemple.
En attendant la grande révolution numérique, il reste néanmoins beaucoup à faire pour moderniser les bibliothèques d'aujourd'hui. Mme Bissonnette travaille notamment à un projet de mise en réseau des institutions québécoises, calqué sur le modèle ontarien et albertain. Au royaume du pétrole, on peut emprunter un livre provenant de l'une des 290 bibliothèques membres du réseau (qui comprend des universités, collègues, instituts spécialisés, etc.) et le faire livrer à sa bibliothèque de quartier. Ou le rapporter dans une autre ville.
D'autres bibliothèques, comme la New York Public Library, rendent disponibles sur Internet en fichiers vidéo des ateliers littéraires ou encore des soirées de poésie.
Mardi prochain, BAnQ procédera par ailleurs au lancement du portail Internet du Réseau francophone des bibliothèques nationales numériques, qui permettra d'accéder à des dizaines de collections numériques à travers le monde. «Ce n'est que le début», promet Mme Bissonnette.









