Oui, vraiment, les Chinois savent faire. On connaissait leur penchant pour la pyrotechnie, les couleurs. Mais quelle coordination. Les Chinois ne frisent pas la perfection, ils l'ont inventée.
Dès le premier tableau, on savait que nos yeux ne quitteraient jamais l'écran. Un jeu de percussions, aussi énergique que lumineux, lançait la soirée. Puis, ce parchemin géant qui se déroule, et sur lequel défileront autant d'images que de Chinois au summum de la concentration. Irréel, inconcevable. «Comment se fait-il qu'on les ait tant ignorés?» demandait Alain Goldberg, sur le ton du regret.
Et encore, on n'avait rien vu. Le tableau le plus impressionnant, celui évoquant la typographie, allait nous laisser bouche bée. À la vue de ces prismes formant vagues et symboles, mus par des acrobates d'une incroyable précision, on redit wow!
Ont suivi ce numéro sublime sur les voies maritimes, et symboles de la tradition du pays, d'éblouissantes poupées chinoises, suivies d'immenses colonnes se déployant sous nos yeux. Étonnant qu'avec tant de beautés pour les yeux, le son n'ait pas été plus clair, et se perdait parfois dans le vaste stade, notamment pendant le numéro du pianiste chinois Lang Lang.
Passons toutefois sur la chanson-thème, You and Me, cointerprétée par Sarah Brightman, qui paraissait mièvre à côté des splendeurs qui la précédaient. Les Chinois auront été parfaits jusqu'au bout, avec l'hymne olympique, interprété en grec par des enfants aux voix d'une justesse irréprochable. Et l'allumage de la vasque ultramoderne, du haut des airs, aussi surprenant qu'inattendu.
Bien sûr, même tant de beauté ne pouvait nous faire oublier la situation des droits humains en Chine, tant décriée dans le monde. Je n'ai pu m'empêcher d'associer la présence d'une fillette chinoise aux côtés du pianiste, à une volonté de dédramatiser l'archaïque contrôle des naissances des filles dans ce pays. Suspicion mal placée?
Controverse en sourdine
Sur un ton rassembleur et pacifique, Alain Goldberg n'a pu s'empêcher d'effleurer la controverse autour de l'attribution des Jeux à la Chine, attribuant la rigidité du pays au nombre imposant de sa population. «C'est certain qu'il n'y a pas assez de liberté (en Chine). Mais pour régler ça, il faudra se parler, ça passera par le dialogue, la confrontation est inutile.» La présence de l'Irak et de l'Afghanistan lui a fait dire que les Jeux sont l'occasion «d'unir les hommes».
Pas un mot cependant sur l'absence de Stephen Harper dans la foule, alors que Bush, Sarkozy et Poutine y étaient. «C'est formidable que les chefs d'État se soient rendus malgré la polémique», a quand même lancé Goldberg.
Richard Garneau, lui, a voulu minimiser l'impact de la qualité de l'air à Pékin, tant rapportée par les médias. «Le smog ne nous a pas du tout dérangés», a-t-il insisté. On respire mieux.
Outre quelques confusions et des problèmes de communication entre Garneau et Goldberg durant le défilé des athlètes ? «Je crois qu'il y a un problème avec nos casques d'écoute!» a ironisé Goldberg ?, le duo a sobrement commenté la cérémonie, comme il se doit. À ses premiers Jeux d'été, «Monsieur Triple Axel» a paru plus nerveux qu'à l'habitude, moins intense et chuchotant, mais toujours efficace. On a peu vu nos athlètes québécois, mais CBC a eu la bonne idée de parler à des représentants canadiens par téléphone cellulaire durant le défilé.









