L'ancien ministre Philippe Couillard était lui aussi favorable à la mise en place d'un tel service pour venir en aide aux consommateurs de drogues dures. En juin dernier, il soutenait que l'ouverture d'un tel centre était étudiée sérieusement puisqu'il a été démontré à travers le monde que si les sites d'injection sont supervisés correctement et bien gérés, ils sont bénéfiques pour les toxicomanes. L'Organisation mondiale de la santé est d'ailleurs en faveur des centres d'injection.
À peine arrivé au ministère de la Santé, Yves Bolduc décide que le Québec n'ira pas de l'avant avec les sites d'injection supervisée. Son attachée de presse a expliqué qu'il n'existait pas assez de preuves concluantes que de tels sites réduisent l'incidence des surdoses ou la propagation de l'hépatite B ou C ou du VIH.
En quelques semaines, les données scientifiques canadiennes et internationales qui avaient permis à la Direction de la santé publique et au précédent ministre de prendre une orientation semblent avoir totalement disparu. C'est pour le moins étonnant.
Soit que le nouveau ministre a peur d'affronter l'opinion publique sur cette question et d'expliquer la raison d'être des sites d'injection supervisée. Soit qu'il pige les idées des adéquistes qui s'opposent même à la distribution de seringues propres. Soit qu'il se colle trop sur l'opinion de son homologue du gouvernement fédéral, Tony Clement, pour établir la sienne. Ce n'est pourtant pas la voie à suivre.
Le ministre fédéral conservateur fait en effet une lecture très parcellaire de la littérature traitant des sites d'injection supervisée. Il considère ces centres comme de «vulgaires piqueries» alors que ceux-ci ne distribuent pas de drogues. Ce sont des lieux qui permettent de rejoindre des toxicomanes, des personnes marginales et malades que rejoindraient difficilement les services de santé.
En entrant en contact avec les toxicomanes par le biais des sites d'injection, bien des problèmes peuvent être limités grâce au personnel médical sur place. Des surdoses mortelles peuvent être évitées, la propagation de maladies infectieuses peut aussi être freinée. La population en profite également puisque moins de seringues souillées traînent dans les rues, dans les parcs. Il est aussi plus facile de convaincre un toxicomane de suivre une cure de désintoxication si on le fréquente dans un centre d'injection, que si on le laisse croupir au fond d'une ruelle. Les sites auraient aussi comme effet de réduire la criminalité.
Les conservateurs confondent lutte aux trafiquants de drogues et lutte contre la toxicomanie. Ce n'est pourtant pas en laissant dans leur détresse les personnes dépendantes aux drogues que le Canada limitera le trafic de stupéfiants.
Que les conservateurs de Stephen Harper fassent ce type de recoupement n'est pas étonnant. Qu'un gouvernement libéral à Québec suive ce raisonnement l'est cependant.









