GILBERT LAVOIE: Salut Vastel

Le Soleil

Sacré Vastel! Tu auras tenu le coup jusqu'à la fin, sans te plaindre.

Pauvre Michel : tu aurais tellement mérité de vivre ton vieux rêve de retraite : avoir un grand potager, cultiver tes fruits et légumes, faire ton vin, inviter tes amis à ta campagne.

Nous savions tous que tu combattais la maladie. Nous savions que c'était grave. Mais on ne s'attendait pas à te voir partir aussi brutalement, sans payer une tournée dans un bon resto, sans faire une scène terrible sur la piètre qualité du vin, de la nourriture ou du service.

Parce que c'était ça, Vastel! Un enfant terrible, un être excessif, qui faisait la pluie et le beau temps dans l'avion des chefs en campagne électorale, ou pendant les voyages à l'étranger. Pas facile «Monsieur Vastel», quand il décidait de piquer une crise. Mais quel personnage! Et quel journaliste!

Allez, tu serais fier de toi. Le téléphone a sonné sans arrêt pendant deux heures hier, quand la nouvelle de ton départ a été diffusée à la télé. Tout le monde te connaît, mais tout le monde voulait des commentaires, des anecdotes. RDI, TVA, Le Soleil, La Presse, Le Droit... Même Radio-Canada à Rimouski doit me réveiller ce matin à 6h45 pour que je fasse ton éloge!

Allez, dors tranquille, je ne leur dirai pas tout! Et comme on a toujours plus de qualités que de défauts après le grand départ, je n'aurai que des compliments.

Et puis, ce ne sera pas difficile. Tu «n'écrivais» pas la politique, tu la racontais. Quand je suis arrivé à Ottawa pour La Presse, en 1979, je me suis surpris à copier ta façon de reconstituer la trame des grands événements. De tous les journalistes québécois, tu étais le seul qui avait ses entrées dans les bureaux des premiers ministres des autres provinces. Tu les connaissais tous. Ils te connaissaient tous.

Tu sais, plusieurs politiciens te craignaient. C'est pour ça qu'ils te courtisaient. Mais la plupart t'aimaient, même s'ils t'accusaient de «vasteliser» l'information. Je parie que Jean Chrétien fera ton éloge, même s'il t'a souvent reproché d'avoir inventé l'expression «La nuit des longs couteaux» pour qualifier l'entente nocturne qui a mené au rapatriement de la Constitution sans le Québec.

Allez, pendant que je t'écris, un lecteur m'envoie sa prose pour dire que tu le mérites, ce paradis qui t'attend. Peut-être, mais il doit bien exister autre chose que le paradis pour un Vastel. Sinon, je crains que tu t'y ennuies un peu. C'est pas toi, le paradis : c'est trop parfait, trop politiquement correct. Alors va pour le purgatoire, je t'y retrouverai bien un jour.

J'ai été ton patron, au Droit et au Soleil... Tu te souviens, la fois que j'ai dû «monter» à Montréal à la suite d'une de tes sautes d'humeur? Tu m'avais reçu à la maison, à Outremont. Quel hôte extraordinaire tu étais! Je n'étais plus le patron, j'étais ton invité. J'ai vécu la même expérience chez toi à Gloucester, en banlieue d'Ottawa, avec Solange Chaput-Rolland, Arthur Tremblay, et les autres...

C'était bien, chez toi. Tu avais fait construire une salle de musique pour

ta plus vieille. Tu les aimais tellement, tes filles.

C'est là aussi que j'ai découvert ton bureau. C'est là que j'ai compris comment tu pouvais publier des livres, écrire dans le journal, être à la télé, à la radio, dans L'actualité, et trouver le moyen de bambocher régulièrement avec les amis au Clair de lune, sur la rue Clarence. Ton bureau, c'était une grande pièce, construite sur mesure, à la hauteur de ta passion. Une bibliothèque imposante, des meubles tout confort, et une grande baie vitrée sur la cour, ton potager, tes fines herbes. Le travail, c'était ta vie, mais la vie, c'était trop précieux pour la dilapider dans un petit coin obscur.

Tu te souviens, quand je t'ai demandé ton secret? «Comment tu fais, Vastel, pour travailler autant, bambocher, fumer et prendre un coup?»

Ta réponse a tenu en deux mots : «J'aime ça».

Qu'est-ce qu'on peut dire de plus sur toi, sinon que j'avais le «motton» hier, dans mes premiers commentaires à la télé à ton sujet. Ce n'est pas juste : tu venais de publier un livre sur Nathalie Simard, les ventes étaient excellentes, tu jouissais enfin d'un fonds de retraite décent. Et voilà que cette cochonnerie de maladie vient frapper à ta porte. Ce n'est vraiment pas correct. J'espère que la vie de l'autre bord compensera pour ce qu'elle t'a volé de ce côté-ci.

J'ai au moins une consolation : si elle existe, cette vie dans l'au-delà, tu y trouveras bien des connaissances. Bourassa, Lévesque, Trudeau... Je t'achète une chronique n'importe quand. Et comme le veut la tradition, je termine par un -30-. Les plus jeunes ne comprendront pas, mais toi, tu sais.

P.S. À Geneviève, Marie, Violaine et Anne. Il vous aimait beaucoup.

-30-

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