«Depuis deux décennies (John McCain, le candidat républicain) souscrit à la même vieille philosophie discréditée, qui veut qu'on donne de plus en plus à ceux qui possèdent le plus, en espérant que leur prospérité rejaillisse sur les autres, a tonné Barack Obama(...)»
«Vous n'avez pas de travail? Ils vous souhaitent bonne chance, a-t-il ironisé. Vous n'avez pas d'assurance maladie? Ils vous disent que le marché va s'en occuper. Vous êtes nés pauvres? Alors ils vous suggèrent de chausser vos bottes pour vous sortir du trou ? même quand vous n'avez pas de bottes. Débrouillez-vous tout seul.»
«Quand Washington ne fonctionne pas, toutes ses promesses paraissent vides, a poursuivi le candidat. Et si vos espoirs sont toujours déçus, alors il vaut mieux cesser d'espérer et opter pour ce que vous connaissez déjà, a martelé Barack Obama. Je ne suis peut-être pas le candidat idéal pour la présidence. Je n'ai pas le profil type. Mais ce que les sceptiques ne comprennent pas, c'est que cette élection n'est pas la mienne. C'est la vôtre.»
«Notre pays est le plus prospère du monde, mais ce n'est pas ce qui nous rend riches, a-t-il poursuivi. Nous possédons l'armée la plus puissante du monde, mais ce n'est pas ce qui nous rend forts. Nos universités et notre culture font l'envie de la planète tout entière, mais ce n'est pas ce qui continue d'attirer des gens sur nos rivages. En fait, c'est plutôt le rêve américain ? la promesse américaine. Celle qui nous conduit à avancer même quand la route paraît incertaine. Celle qui nous rassemble malgré nos différences (...)»
Plus tôt en soirée, à voir la tripotée de haut-gradés venus endosser sa candidature, on pouvait présumer que le candidat Obama tenait mordicus à contredire tout ceux qui ne l'imaginent pas en commandant en chef des armées. Et à voir la quantité de vedettes venues assister à son discours, les plaisantins pouvaient se demander s'il restait encore quelqu'un dans le quartier de Berverly Hills, à Los Angeles.
Un moment solennel
Rien n'avait été épargné pour conférer un caractère solennel et historique à cette dernière journée de la convention démocrate. Le décor rappelait les monuments de Washington, l'endroit même où Martin Luther King avait prononcé son discours I Have a Dream, en 1963. Même les immenses publicités de bière avaient été recouvertes de pudiques voiles noirs. Et seuls les cyniques iront suggérer que c'était parce que les barons de la bière n'ont pas voulu payer le tarif publicitaire exigé par les organisateurs.
Par moments, l'événement avait des allures religieuses. En particulier lorsque la foule immense a écouté dans une ambiance de recueillement un mini-documentaire sur Martin Luther King. Ou lors du témoignage d'un officier venu expliquer comment il était devenu démocrate, lui qui avait toujours voté pour le Parti républicain. Mais l'instant d'après, le Mile High Stadium pouvait tout aussi bien s'animer comme lors d'un spectacle rock ou d'un événement sportif. Dans les balcons, la foule enthousiaste faisait même la vague...
À la fin, il s'agissait pourtant du triomphe personnel de Barack Obama. Jamais vu autant de gens se prendre en photo, pour être sûrs d'immortaliser l'événement ou pour s'assurer qu'ils ne rêvaient pas. Jamais vu autant de gens pleurer de joie, tous en même temps.
La décision de parler devant plus de 75 000 personnes, en plein air, constituait un tour de force. Le tour de force de Barack Obama. Quoi qu'on dise, l'affaire comportait un risque considérable. Le mauvais temps aurait pu tout gâcher. De sérieux pépins techniques auraient pu survenir. Sans parler de la sécurité. Faute de temps, les organisateurs n'ont pas fait dans la dentelle. Le Mile High Stadium a été entouré d'un périmètre de sécurité impressionnant, le faisant ressembler à un camp retranché. Même l'autoroute qui passe à proximité a été fermée à la circulation presque toute la journée.
La chance sourit aux audacieux, paraît-il. Et jusqu'ici, la chance sourit à Barack Obama.
28 août 2008
Hier matin, il est probable que les organisateurs de la convention regrettaient un peu d'avoir vu si grand. Le choix du Mile High Stadium a été fait au mois de juillet, alors que Barack Obama venait de prononcer un discours triomphal devant 200 000 personnes, à Berlin. Autant dire, il y a une éternité. Depuis, l'air du temps a changé. La campagne présidentielle s'est resserrée. Plusieurs publicités du Parti républicain s'amusent désormais à comparer le candidat Obama à une vedette pop. Charismatique mais sans grande consistance. Et ses conseillers ne cessent de lui suggérer d'avoir l'air plus près des gens, plus accessible.
Mais le pari du Mile High Stadium correspond aussi à une volonté de jouer sur les forces du candidat Obama et de ne pas se laisser dicter une ligne de conduite par l'adversaire. Apparemment, la campagne Obama a tiré des leçons des nombreux échecs essuyés par les démocrates aux élections présidentielles. On se souvient encore de Michael Dukakis, qui avait été jusqu'à se déguiser en soldat, en 1988, pour faire taire les critiques le jugeant trop «mou» par rapport à l'Union soviétique. Ou de John Kerry, en 2004, qui s'était acharné à devenir quelqu'un d'autre.
Le triomphe de Barack Obama, hier, au Mile High Stadium, vient clore une convention au cours de laquelle les démocrates ont tout fait pour projeter une image d'unité. Avec succès, semble-t-il. Même qu'à voir la ferveur que Barack Obama a réussi à leur insuffler, on se demande dans quel état se retrouveront tous ces gens, si d'aventure il devait subir la défaite, en novembre prochain. Mais cela, c'est une autre histoire.
En attendant la suite, les 75 000 personnes présentes jeudi espéraient très fort pouvoir dire, dans 45 ans : «J'étais au Mile High Stadium, à Denver, le 28 août 2008, le jour où Barack Obama a commencé à réinventer l'Amérique.»












