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Le sculpteur Jean-Pierre Morin se met au vert

 

Régis Tremblay
Le Soleil

L'artiste de Québec vient souvent déambuler dans ces lieux, question d'observer la réaction des passants à sa rutilante sculpture. «J'aime savoir ce qu'en pensent les gens qui ne fréquentent pas nécessairement les musées et les galeries d'art», dit-il en remerciant les deux jeunes femmes venues de Montréal.

On sent que l'admiration de ces touristes est inspirée autant par le superbe emplacement de la promenade qu'aux remarquables sculptures qui la bordent. Tout à côté de l'oeuvre de Jean-Pierre Morin, on remarque celles de Pierre Bourgault et de Charles Daudelin. Morin est bien conscient que sa sculpture profite de la popularité de la promenade Samuel-De Champlain et qu'elle est mise en valeur par la beauté de l'endroit.

De la piste piétonnière, tout au bord du fleuve, on découvre l'arrière de la sphère irrégulière, dont l'assemblage de polyèdres évoque vaguement un ballon de soccer. Vue de l'autre côté, sur la piste cyclable, l'oeuvre prend un tout autre aspect, avec ses rayons métalliques qui «convergent» vers son cen­tre creux. «Tiens, il y a des gens, des enfants sûrement, qui s'y sont glissés», note l'artiste en y découvrant quelques artéfacts récents.

Jean-Pierre Morin est enchanté de voir sa sculpture prendre place dans cet environnement très ouvert. «Le fleuve, c'est magique! Voir les bateaux passer derrière ma sculpture me procure toute une sensation! J'ai même eu une sacrée surprise, le matin de l'inauguration de la promenade, lorsque la femme d'un dignitaire m'a félicité pour la belle fleur de lys qu'elle y avait vu apparaître la veille, sous l'éclairage nocturne. Intrigué, je suis revenu le soir même, pour constater qu'elle avait raison. Cet effet involontaire démontre combien l'environnement agit sur une oeuvre d'art.»

Il faut savoir que Convergence n'a pas été créé pour la promenade Champlain, mais bien pour la promenade Desjardins, devant le Centre des congrès de Québec, en 1997. Morin avait séduit le jury avec cette oeuvre conçue à partir de polyèdres, forme qui compose le logo du Mouvement Desjardins, commanditaire de cet espace entre le Hilton et le Centre des congrès. Commencée sous des auspices favorables, la première existence de Convergence allait toutefois se terminer dans la mésentente...

«L'an dernier, Desjardins m'a indiqué que ma sculpture allait être tassée dans un coin de la promenade afin de céder la place à une copie de la statue d'Alphonse et Dorimène Desjardins, qui trône déjà à Lévis! Je n'ai rien contre la statue originale, mais une reproduction n'est jamais qu'une reproduction. Alors, quand la Commission de la capitale nationale m'a proposé de déménager ma sculpture sur ?l'autre promenade?, j'ai sauté sur l'occasion.

«Certes, le Centre des congrès est le lieu le plus international de Québec, mais ceux qui empruntent la promenade Desjardins sont des gens affairés qui n'ont pas le temps de s'attarder, alors que les usagers de la promenade Champlain sont beaucoup plus disponibles. Ce fut un mal pour un bien», conclut le sculpteur, qui se dit très heureux de cette «seconde vie» accordée à son oeuvre. Une vie après la vie, dans une sorte de paradis.

Période active

Depuis 1988, Jean-Pierre Morin a réalisé pas moins d'une trentaine d'oeuvres publiques. Il connaît actuellement la période la plus active de sa carrière, avec quatre projets menés de front. «D'ici le 1er septembre, je dois installer une sculpture à la résidence outremontoise de Guy Laliberté, le patron du Cirque du Soleil, et une autre à l'Hôtel-Dieu de Sherbrooke.

«Cet automne, je dois aussi installer une oeuvre devant le musée des Plaines... où je vais déloger Charles Daudelin. En mars, je devrai livrer une oeuvre à la Ville de Toronto. J'ai assez de commandes pour faire travailler cinq personnes à plein temps, dans mon atelier de Limoilou.»

Quand on demande à Jean-Pierre Morin s'il trouve encore du temps pour créer dans la solitude une oeuvre plus personnelle, il répond avec un sourire : «Je suis justement en train de préparer une exposition solo pour la Galerie Lacerte!»

La sculpture que Morin est en train de terminer pour le Musée national des beaux-arts découle du prestigieux Prix de la fondation Monique et Robert Parizeau, qui lui a été décerné en février, accompagné d'une bourse de 150 000 $ pour la réalisation de ce projet. Morin savoure l'honneur qui lui est fait de planter sa sculpture devant l'entrée principale de notre musée national.

Jean-Pierre Morin est né à Saint-Anselme de Dorchester en 1951. Après trois années à l'École de sculpture de Saint-Jean-Port-Joli, il a terminé ses études artistiques à l'Université Laval et à Concordia. Il est également professeur en arts visuels aux niveaux universitaire et collégial. Il a exposé maintes fois au Québec et au Canada, mais aussi à New York, à Los Angeles, à Dallas, à Denver, à Miami, à Paris, à Nice, à Cologne, à Barcelone et à Madrid.

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