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RAYMOND GIROUX : Une Géorgie suicidaire

Le Soleil

Grand mal lui en prit, car ce geste irresponsable a entraîné son pays dans une catastrophe tout à fait prévisible et dessert la cause de la démocratie autant dans sa propre Géorgie que dans la puissante Russie voisine.

La courte guerre entre ces deux pays démontre les limites de l'ultranationalisme, d'une part, et la quasi-impossibilité de contrer l'ordre géopolitique dans le Caucase.

L'enchevêtrement historique des peuples accouplé à la manipulation des frontières internes à l'époque soviétique a transformé cette région en poudrière permanente.

Les Géorgiens s'inspirent d'une longue histoire pour justifier leur nationalisme territorial.

Mais les Ossètes vivent là depuis des siècles eux aussi, à la différence que ces derniers se sentent et se disent amis des Russes, qui leur ont même fourni des passeports et une région autonome.

Les pays qui ont reconnu l'indépendance du Kosovo peuvent difficilement s'insurger lorsque la Russie soutient l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, une autre région allergique au pouvoir géorgien.

Car ceux qui, comme la Serbie et la Géorgie, traitent mal leurs minorités et décident, à la suite de changements de régime, de leur retirer une autonomie reconnue par le passé, s'attirent de sérieux problèmes.

Dans le cas présent, la Géorgie jouit de frontières internationales légitimes et reconnues par tous. L'armée russe n'a aucun droit de s'y balader armes à la main ou de s'y installer à demeure.

La Russie a agi dans cette affaire sur un acquis fondamental : ni les États-Unis, ni l'Europe ne lèveraient le petit doigt pour soutenir militairement la Géorgie.

George W. Bush accuse la Russie de menacer la survie d'un gouvernement librement élu et considère ce geste «inacceptable». Mais de sanctions, pas question, hormis d'oublier d'inviter Moscou à quelques rencontres ponctuelles du G8.

La France intervient diplomatiquement au nom de l'Union européenne, dont elle occupe présentement la présidence.

Si les images de son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, évacué en panique de la ville de Gori en compagnie du président Saakachvili par crainte d'une attaque russe, montrent le côté risqué de cette présence, rien n'empêche que cette médiation ramène les acteurs du conflit les deux pieds sur terre

Selon la presse internationale, la solution passe par l'arrêt immédiat des combats et le respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale géorgiennes.

De plus, les forces russes et géorgiennes reviennent aux positions qu'elles occupaient la semaine dernière, avant le déclenchement des hostilités.

La Géorgie, de son côté, doit s'engager à ne plus recourir à la force contre les régions ossète et abkhaze. Autrement dit, toutes ces pertes de vie et ces destructions ont été vaines.

Le président géorgien devrait par ailleurs comprendre le bien-fondé de l'invitation que lui fait la Russie de quitter son poste. Lui qui se dit défenseur des valeurs libérales et fermement proaméricain, a desservi son peuple.

La Russie n'a aucun besoin d'occuper la Géorgie, les décisions inconsidérées du gouvernement de Tbilisi, militairement écrasé en quelques jours, lui ont donné le contrôle de la région sur un plateau d'argent.

Vladimir Poutine, qui a démontré au passage qu'il dirige toujours de fait la Russie, même s'il n'est plus président, raffermit encore plus son pouvoir.

Washington, de son côté, peut faire son deuil de l'intégration de la Géorgie à l'OTAN : le message est clair, le dossier n'est plus porteur. L'allié local a mal jugé le rapport de forces, à lui d'en subir les conséquences.

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