Survolté, le vélo!

 

Jean-François Cliche
Le Soleil

«J'étais tanné de payer 1,50 $ le litre pour l'essence», explique M. Melançon. Alors, il a modifié sa bicyclette pour y accrocher un moteur électrique, puis a modifié le moteur pour en augmenter la puissance, puis a modifié des batteries de perceuses pour fournir l'énergie nécessaire, puis a remodifié son vélo pour que le cadre résiste aux accélérations.

On est patenteux ou on ne l'est pas...

Natif de La Sarre, en Abitibi, M. Melançon a fait des études en technologie physique au Cégep de La Pocatière et travaille maintenant comme technologue à l'Institut national de l'optique, à Québec. Il se rend chaque jour à son travail au guidon de son bolide à deux roues, faisant tourner bien des têtes aux intersections, dit-il. «Il y a même des gens qui me demandent si je peux leur en fabriquer un!»

Et, comme il en a bricolé un deuxième modèle pour sa conjointe, le couple a réglé ses problèmes de carburant ? du moins, tant qu'il ne neige pas.

«À environ 25-30 kilomètres à l'heure, un vélo électrique consomme de 10 à 20 wattheures», dit-il. Autrement dit, au tarif résidentiel d'Hydro-Québec, soit environ 6 ¢ du kilowattheure, un trajet d'une heure lui coûte un peu plus d'un dixième de cent, à tout casser. Rouler plus vite revient évidemment plus cher, mais dans cet ordre de grandeur, impossible de se ruiner.

«J'ai déjà fait 71 km/h avec mon vélo électrique, dit fièrement M. Melançon, mais je garde ça pour les pistes d'essai, pour des raisons de sécurité.» En fait, l'engin est si puissant qu'il peut faire lever la roue avant si l'on tord trop brusquement l'accélérateur, a constaté le journaliste du Soleil lors d'un essai.

Mais le plus beau dans tout ce bricolage est sans aucun doute la batterie. Une connaissance de M. Melançon qui travaille dans la construction lui refile des batteries de perceuse défectueuses qui, autrement, fileraient tout droit au recyclage. Dans ces batteries, explique notre rafistoleur, la plupart des piles sont en bon état, mais il suffit qu'une seule ne fonctionne pas pour rendre l'ensemble inutile. «C'est comme les lumières de Noël : s'il y en a une qui ne marche pas, les autres n'allumeront pas non plus.»

Il récupère donc les piles fonctionnelles et en tire (après quelques étapes assez techniques) de nouvelles batteries ? au lithium, pour ceux que cela

intéresse.

Prochaine étape : l'auto!

Mais ce vélo, qui lui a coûté environ 1000 $ en tout, n'est qu'une étape. «Je fais tout ça parce que je veux me familiariser avec les moteurs électriques pour pouvoir faire une voiture électrique. Je veux montrer qu'on est capable de bricoler une voiture électrique au Québec. La ZENN (assemblée à Saint-Jérôme, NDLR), c'est bien, mais je trouve que ça prend du temps (...et) le vélo, en hiver, ce n'est pas évident.»

Pour amasser les fonds qu'il faut pour ce genre d'aventure, M. Melançon a tenté de se faire inviter à l'émission Le banquier, mais sans succès. Qu'à cela ne tienne, il réessayera l'an prochain.

D'ici là, il compte faire un bout de chemin avec un autre «fou du vélo électrique», un certain Justin Lemire-Elmore, de qui M. Melançon a acheté son moteur. Le Britanno-Colombien est parti de Vancouver le 31 juillet dans le but de se rendre jusqu'à Halifax sur son e-bike en dépensant au maximum 10 $ d'électricité. Aux dernières nouvelles ? que l'on peut prendre sur www.ebikes.ca ?, il était à Calgary et avait consommé 1,24 $ de courant.

M. Melançon aimerait se rendre avec M. Lemire-Elmore jusqu'à La Pocatière, histoire d'aller saluer ses anciens profs. Coût prévu du trajet : 13 ¢.

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