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400e... résignation et impuissance

«Même les critiques sur le sens de la fête ont fini par s'estomper», écrivait François Bourque dans Le Soleil du 26 août. Ces critiques se sont tues, mais se sont-elles pour autant évanouies?

On peut penser que l'opposition a fait son deuil de ce qu'elle avait souhaité et imaginé pour ces festivités par respect pour ceux qui prenaient visiblement plaisir à ce gigantesque «festival d'été» et à ces autres événements annuels bonifiés par des budgets conséquents.

Fin juin, il était évident que l'heure était à la fête et à rien d'autre. Quiconque risquait des critiques était assuré d'être fustigé et dénoncé comme trouble-fête. Rappelons-nous la grande controverse entourant la présence de la gouverneure-générale à La Rochelle, un débat balayé sous le tapis par les gouvernements et le 400e, et la fausse controverse sur la venue de Sir Paul montée de toute pièce par les médias.

Après les changements survenus in extremis à la direction du 400e, on devait donner ses chances au coureur. Il était trop tard pour réparer les erreurs passées, il fallait livrer la fête et, sur ce plan, on assiste à une honorable réussite que tous applaudissent. Québec sait faire!

Suivant l'air à la mode un peu partout, il semble qu'on doive, pour célébrer, se contenter de la superficialité des choses, avoir «du fun» et se présenter en grand nombre (c'est le barème pour mesurer le succès) aux spectacles des vedettes qu'on nous présente «gratis».

Pour ma part, c'est la résignation et l'impuissance qui me font accepter que le 400e ait investi ses millions (en particulier ses derniers 6 millions $ libérés du championnat de hockey junior) dans un immense party de foule, et que la ville se soit offert des shows et des méga-shows «gratuits» (mais pas si gratuits qu'ils n'en n'ont l'air), qui laissent bien peu en substance, en profondeur et en découvertes. Bien sûr, il y aura toujours des exceptions, dont ce Moulin à images qui sera le véritable emblême de ces fêtes, alors que le Belem en aura été l'ambassadeur ? à défaut que le 400e ait fait le nécessaire pour être représenté par une goélette de notre patrimoine.

En bout de ligne, ce rendez-vous historique est peut-être une réussite mitigée surtout pour les gens qui aspiraient à voir prendre forme des projets porteurs et irréalisables en d'autres temps. Pour le savoir, il faudrait parler aux idéateurs des projets rejetés par un comité vraisemblablement téléguidé au niveau politique pour savoir s'ils sont contents de la fête, eux qui comptaient sur ces argents très rares pour initier des projets ayant une pérennité et qui auraient permis d'installer des bases pour l'avenir. Il faudrait parler aussi aux artistes et créateurs qui «font» notre culture à leurs frais et qui n'ont pu se faire valoir. Écouter aussi les gens épris d'histoire qui se sont contenté de voir défiler les images du majestueux Moulin sans participer à faire connaître cette histoire qu'ils défrichent sans moyens financiers dans leurs quartiers et sur leurs rivages...

Maintenant que Québec sait qu'elle «veut faire», il serait intéressant de définir collectivement un projet récurrent qui soit attrayant, structurant et rassembleur pour la ville et sa région, et qui soit moins controversé et politique qu'un 400e... avec un concept qui puisse allier réjouissances et contenu, participation et découverte. Un événement dont la population s'approprierait et qui se distinguerait des autres festivals urbains, en capitalisant sur le site géographique, historique et maritime exceptionnel de Québec. Et pourquoi ne pas réunir Québec et Lévis dans un projet inter-rives?

Anne-Marie Berthiaume

L'Islet-sur-Mer

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