Ce coup de sonde a été effectué du 5 au 19 août auprès de 603 jeunes de 12 à 17 ans. Parmi les jeunes interrogés à travers le Québec, un sur cinq fréquente l'école privée.
Lorsqu'on leur demande comment ils se sentent à l'école, 22 % répondent «très heureux», tandis que 74 % sont «plutôt heureux». Les filles et les élèves du privé sont légèrement plus souriants à l'école (environ 5 %, alors que la marge d'erreur est de 4 %).
Mais ce ne sont toutefois pas les cours de sciences ou les examens qui les réjouissent, loin de là! Sans surprise, l'équipe de volleyball ou la troupe de théâtre l'emporte sur les manuels scolaires. Ce qu'ils aiment le plus à l'école, ce sont d'abord les amis (25 %), les activités sportives (15 %, surtout les garçons) et les activités parascolaires (14%, surtout les filles).
Les adolescents rencontrés par Le Soleil le confirment. Entre les tournois d'improvisation, les parties de soccer ou les derniers potins qu'on s'échange entre amis, l'école n'est pas si ennuyante pour une majorité d'élèves. «C'est sûr que ce qui me motive le matin, quand je me lève, ce n'est pas nécessairement mon cours de maths... c'est plus mon cours d'art dramatique avec mes amis», lance Mathieu Ouellet, un élève de cinquième secondaire. Mais il n'est pas surpris que la grande majorité des ados interrogés se disent heureux à l'école. «Dans les médias, on transmet une mauvaise image des adolescents. Il faut arrêter de penser que tout le monde est en peine d'amour ou
a des problèmes de drogue!», lance-t-il.
Du côté des enseignants, on sait depuis longtemps que l'école ne se résume pas aux salles de classe et qu'il s'agit plutôt d'un véritable «milieu de vie», comme on entend souvent dans les corridors d'école. Mais de là à penser que 96 % des élèves y sont heureux... Plusieurs sont perplexes.
«C'est sûr que le côté social est drôlement important», reconnaît Jacques Garnier, un enseignant et orthopédagogue qui compte plus de 35 ans d'expérience. François Demers, directeur de l'école secondaire Cardinal-Roy à Québec, croit par ailleurs que la multiplication des projets particuliers ? «l'école à la carte» ? permet de mieux répondre aux intérêts des jeunes, ce qui peut expliquer pourquoi ils sont si nombreux à s'y dire heureux. «Il n'y a pas de recette magique. Quand on va les chercher par leurs intérêts, ça les accroche», dit-il.
Cours faciles
Les ados interrogés ne semblent d'ailleurs pas trop en arracher sur les bancs d'école. Près de 76 % estiment que les cours sont faciles à réussir (68 % affirment qu'ils sont «assez faciles» et 8 %, «très faciles»). Chez les filles, ce chiffre grimpe à 80 %. Parmi ceux qui fréquentent l'école privée, ce nombre baisse plutôt à 67 %.
Pourtant, selon les données du ministère de l'Éducation, seulement 60 % des élèves parviennent à terminer leur secondaire en cinq ans.
Le professeur de français Michel Légaré, qui enseigne en première et troisième secondaire, est perplexe devant ces réponses. «On a pourtant l'impression que c'est difficile pour plusieurs... Mais peut-être que notre approche est meilleure qu'avant?» lance-t-il. L'enseignant se demande toutefois si ces réponses ne cachent pas une réalité plus inquiétante : le nivellement par le bas : «Il y a des profs qui considèrent qu'on a dilué la matière pour que les élèves réussissent mieux.» Après tout, l'école est aussi là pour apprendre aux jeunes à faire des efforts, rappelle-t-il.
Les notes, ça compte!
Certes, il y aura toujours des ados qui se fichent de leur bulletin et qui se vantent même de leurs mauvaises notes. Mais il s'agirait d'une infime minorité. Pour 97 % des jeunes, les résultats scolaires sont importants.
Ceux qui jugent qu'obtenir de bonnes notes est «très important» comptent pour 59 %, contre 38 % qui jugent que c'est «assez important». Le niveau d'importance est toutefois moins élevé chez les jeunes qui consacrent moins de 30 minutes par jour à leurs devoirs, qui manquent des cours ou qui songent à quitter l'école.
«Les notes, c'est ce qui détermine ton avenir», explique Philippe Bérubé, un élève de quatrième secondaire. «Ceux qui font comme si ce n'était pas important, c'est juste une façade.»
France Cayouette, enseignante en adaptation scolaire, le confirme: «Ils ont le goût de réussir. Quand ils ont un échec, c'est souvent la catastrophe. L'estime de soi en prend un coup, ça joue beaucoup», dit-elle.
Les conséquences d'un échec peuvent être parfois importantes. Personne n'a envie de reprendre une matière en cours d'été, alors que les amis passent la saison estivale au travail pour gagner de l'argent. «Couler, ce n'est jamais cool», laisse tomber Philippe.
Pas étonnant alors que les mauvais résultats scolaires sont ce qui rend les adolescents interrogés les plus malheureux à l'école (19 %). Viennent ensuite l'intimidation et la violence subies par d'autres élèves (14 %), suivies par les cours et les professeurs (12 %).









