«Elle anticipait d'avoir de mauvais résultats et elle pensait que ça allait mal à l'école, raconte M. Evans, encore bouleversé. Et si ça allait mal à l'école, pour elle, ça allait mal partout.»
Heureusement, ajoute-t-il, le réseau d'aide de l'école l'a prise en charge à temps et l'a aidée à remonter la pente.
Bien malin qui pourra trouver des statistiques sur le nombre de dépressions ou de tentatives de suicide liées au stress scolaire.
Mark Mercier, psychologue à l'école secondaire De Rochebelle, est convaincu que le problème est carrément sous-estimé. «Je ne sais pas jusqu'à quel point on ne minimise pas les symptômes, affirme-t-il. On intervient seulement quand le jeune est en crise, ne veut plus aller à l'école et n'est plus fonctionnel.»
Un élève sur cinq
La professeure à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) Michelle Dumont explore depuis 15 ans le stress des adolescents. Avec, en filigrane, l'idée que plus tôt les jeunes apprendront à gérer leur stress, mieux ils seront outillés pour faire face à un des maux du siècle, l'épuisement professionnel.
«Pour les jeunes comme pour les adultes, lorsqu'il y a trop de stress, on devient prisonnier de nos sensations et, de nos perceptions, rappelle Michelle Dumont. L'idéal, c'est d'être un peu stressé et en même temps, de se faire confiance.»
À l'automne 2006, elle a entrepris, avec son équipe, une importante recherche dans deux écoles secondaires publiques de la Mauricie. >
> En suivant 517 jeunes durant leur quatrième et cinquième secondaire, les chercheurs veulent arriver à décrire leur niveau de stress amoureux, familial et scolaire. Ils mesureront si les étudiants souffrent de stress de performance, à quel point ils anticipent l'échec, comment ils se préparent aux examens.
Les chercheurs de l'UQTR investiguent aussi leurs ressources, mesurent leur perfectionnisme, jaugent leur estime d'eux-mêmes et tentent de voir s'ils sacrifient des choses dans leur vie pour gagner un point de plus.
Déjà, l'enquête donne des résultats intéressants. Sur l'échantillon de 517 adolescents, on constate que 22,1 % vivent un stress de performance élevé et 24,8 %, un stress moyen.
Au fil d'entrevues et de questionnaires, Michelle Dumont a pu remarquer que les jeunes qui souffrent de stress de performance élevé vivent davantage de détresse psychologique. «Ils vont se blâmer, se tourner vers les autres pour obtenir de l'aide, observe-t-elle. C'est bien de demander de l'aide aux parents, amis, spécialistes, s'ils ne deviennent pas dépendants de cette aide.»
La recherche chez les étudiants de la Mauricie a montré que plus le stress de performance monte, plus les notes en maths baissent. Les jeunes se sentent aussi moins optimistes, moins efficaces, moins capables de résoudre leurs problèmes. Ils vont se mettre à développer davantage un perfectionnisme négatif, excessif.
Les filles ont toujours un niveau de stress psychologique plus élevé, remarque la chercheure. «Elles font plus d'anxiété, vont anticiper le pire, vont avoir des symptômes physiques plus marqués», détaille Mme Dumont.
La recherche de l'UQTR aboutira d'ici quelques mois à un programme de gestion du stress, qui sera proposé à toutes les écoles secondaires.
L'enseignant, le psychologue ou le psychoéducateur de l'école sera chargé d'aider les étudiants lors de rencontres individuelles, en petits groupes ou avec la classe entière.
En utilisant les discussions de groupe ou en duo, les jeux de rôle et les questionnaires, les étudiants apprendront à mieux connaître les sources de stress et à identifier les symptômes. Ils pourront aussi pratiquer des techniques de relaxation et s'exercer à changer les pensées négatives en pensées positives.
«Si, en situation d'échec scolaire, on ne fait que prier pour que le prochain examen soit plus facile, on ne fait rien et alors, on se maintient en situation d'échec, résume Michelle Dumont. Alors qu'on pourrait avoir un certain pouvoir.»
Les médicaments, l'exception
Les adolescents qui prennent des médicaments pour passer au travers demeurent l'exception, estiment les psychologues. «Certains étudiants sont référés à des médecins, surtout chez les jeunes de secondaire 3 à 5, note Mark Mercier De Rochebelle. Ils vont avoir besoin d'anxiolytiques pour éviter de se rendre au burn-out scolaire.»
À Roberval, François Laroche a aussi envoyé des jeunes anxieux chez le pédiatre pour déterminer si la médication pouvait être utile. «Mais ce que je dis aux jeunes, c'est que les pilules, ce n'est pas un effet miracle, insiste le psychologue scolaire. C'est davantage dans l'organisation scolaire et dans la relaxation que le jeune doit travailler.»
Simplement apprendre et pratiquer la technique de respiration abdominale ? respirer davantage avec le ventre qu'avec le thorax ? aidera beaucoup à calmer l'anxiété.
Le jeune doit aussi être capable de se parler, de se rassurer lui-même lors d'une période de stress comme un examen.
À De Rochebelle, certains étudiants auront droit à un allègement d'horaire pour se sortir la tête hors de l'eau. On les dispense temporairement d'un cours qu'ils apprécient plus ou moins afin de pouvoir aller travailler à la bibliothèque. «Ça dégage leurs soirées et ça leur permet de se reposer», explique Mark Mercier.
Érika en a passé, des heures, dans le petit bureau de la psychologue Odette
Bussières, au Séminaire Saint-François, à essayer de comprendre pourquoi elle avait constamment l'impression qu'elle allait échouer. «J'étais incapable
d'évaluer ma performance», reconnaît l'adolescente.
Aujourd'hui, la jeune fille a l'impression d'être mieux en mesure de contrôler son anxiété... sauf peut-être durant la période des examens finaux. «Je me force tellement pour me calmer, raconte-t-elle. Je prends ça journée par journée. J'étudie, mais je me dis que je ne peux pas faire plus.»
Michaël, tellement angoissé qu'il a du mal à lever les yeux sur son interlocuteur, ne veut pas continuer ses études secondaires dans un tel état de stress. «Il faudrait vraiment que la note devienne moins importante que l'effort, soupire le garçon. Ça me rend triste, j'ai l'impression d'être seul avec ce problème-là...»









