«Au Téléjournal, j'ai vu des amis à moi être étiquetés comme des bioterroristes! Pourtant, il y avait déjà eu des rappels de produits il y a deux ans pour cause de listériose et de salmonellose, mais le MAPAQ n'avait pas fait autant de publicité autour de ça!», déclare-t-il.
M. Proulx craint les effets pervers de ces conférences de presse. «Elles ne servent qu'à faire paniquer le monde, alors que le MAPAQ aurait pu visiter les fromagers, prendre des échantillons et les faire analyser au lieu de procéder à des saisies de lots.
«Je ne minimise pas l'importance des cas de listériose, mais avec sa paranoïa sanitaire et son zèle hygiénique, le gouvernement est en train d'affaiblir, et si ça continue, de jeter par terre la filiale des fromages fins. La perception du public a un bien plus grand impact que la réalité et si le public se met à avoir peur des fromages artisanaux, notre industrie disparaîtra!», poursuit-il.
Règles sévères pour les petites entreprises
M. Proulx trouve également les inspecteurs du ministère un peu trop sévères. «J'ai parfois l'impression que le MAPAQ agit comme un policier qui va dans une émeute et frappe sur tout ce qui bouge! Les règles d'innocuité sont très sévères et c'est difficile de s'y conformer pour les fromagers artisans», explique celui qui avoue décrocher une note d'environ 70 % à chaque visite des inspecteurs.
«On nous demande de tenir un registre notant qui entre et qui sort de la fromagerie, un registre de l'horaire de lavage, on doit avoir des lavabos optiques. Tout ça, c'est bien beau dans une grande usine, mais moi, j'ai seulement quelques employés», explique-t-il.
«Souvent, les inspecteurs se servent d'une crise comme celle-là pour justifier leur zèle. C'est frustrant! On fait ce qu'on peut pour respecter les lois mais on ne peut pas faire du fromage comme dans un labo à l'Université Laval!», plaide-t-il.
De plus, les analyses pour la bactérie Listeria monocytogenes coûtent cher aux artisans fromagers, dont certains peinent à joindre les deux bouts.
«Mon ami Charles Trottier, de la Fromagerie des Grondines, s'est fait demander par le ministère s'il avait fait une analyse pour la bactérie Listeria. Il a dit qu'il en avait fait une au printemps, mais pas depuis. On a retiré ses fromages et maintenant, il doit débourser près de 300 $ pour chaque bactérie pour laquelle ses produits sont analysés», explique-t-il.
Selon M. Proulx, la solution viendrait d'une aide gouvernementale aux fromagers artisanaux, notamment en payant les coûts d'analyse. «Ça aiderait à diminuer les dommages collatéraux! La résolution 15 du rapport Pronovost recommande un soutien à l'industrie fromagère, entre autres pour la commercialisation et l'aide-conseil.»
Éric Proulx signale que la marge bénéficiaire des fromagers artisanaux est très faible, soit autour de 2 %, et que les coups durs comme la crise de la listériose précarisent davantage les entreprises. «Moi, pour 200 000 $ de chiffre d'affaires, je me prends 8000 $ de salaire! Heureusement que j'ai l'appui de ma conjointe», avoue-t-il sans gêne.
Il ajoute que trois fromagers artisanaux qu'il connaissait bien ont fermé boutique en 2007 et avoue qu'il fera de même s'il ne réussit pas à trouver le financement pour bâtir une nouvelle fromagerie.









