Sur l'essentiel, les plates-formes des deux candidats sont presque des copies carbone ! Reste que celle du démocrate Obama s'articule sur une vision plus détaillée et progressiste (my.barackobama.com/page/content/newenergy), alors que celle du républicain McCain fait une large place aux forces du marché et à la recherche du profit (www.johnmccain.com/Informing/Issues/da151a1c-733a-4dc1-9cd3-f9ca5caba1de.htm).
Les deux candidats veulent s'attaquer aux changements climatiques grâce à un système de quotas et droits d'échanges d'émission de GES (cap and trade) ; Obama veut réduire les GES de 80 % d'ici 2050 (par rapport à 1990), McCain de 60 % et les deux veulent encourager la construction de centrales nucléaires.
Il y a tout de même des différences notables. McCain s'oppose aux versements de subventions fédérales pour les énergies renouvelables alors qu'Obama compte investir 150 milliards $ en 10 ans et faire en sorte que 10 % de l'électricité provienne d'énergies renouvelables d'ici 2012 et 25 % d'ici 2025. Obama veut aussi réduire la consommation de pétrole de l'équivalent de toutes les importations combinées du Moyen-Orient et du Venezuela d'ici 10 ans.
Voilà pour les intentions. Si le passé est garant de l'avenir, la plupart des propositions de John McCain vont rester lettre morte. Malgré ses plans pour s'attaquer aux changements climatiques, le républicain s'est abstenu de voter l'an passé sur chacune des 15 mesures environnementales au Sénat, dont celles, cruciales, sur les subventions à l'énergie solaire et à l'éolien. Le pire demeure sans contredit le choix de Sarah Palin comme colistière (news.yahoo.com/s/ap/20080904/ap_on_el_pr/cvn_palin_environment;_ylt=As3YUi4iBJLHt06UdaCGI8Rp24cA).
Un aperçu : la gouverneure de l'Alaska a poussé pour permettre les forages pétroliers dans le Refuge sauvage national de l'Arctique ; poursuivi le gouvernement pour sa décision de placer l'ours polaire sur la liste des espèces menacées ; proposé d'éliminer la taxe sur l'essence et de subventionner chaque résidant de l'Alaska pour l'aider à payer sa facture de chauffage. Oh ! et elle n'est pas convaincue que les changements climatiques soient causés par l'activité humaine...
Pour ce qui est de Barack Obama, il a commis plusieurs revirements spectaculaires ces derniers mois, notamment sur les forages au large des côtes, et il entretient des liens douteux avec l'industrie de l'éthanol.
Quoi qu'il en soit, l'élection de ce dernier indisposerait l'industrie des sables bitumineux. Une disposition d'une loi américaine adoptée ce printemps interdit au gouvernement fédéral d'acheter du carburant qui a un cycle d'émissions de GES supérieur à celui du pétrole conventionnel. Une mesure avec laquelle Obama est parfaitement à l'aise. Fin juin, son conseiller à l'énergie, Jason Grumet, a souligné qu'à moins de changements «cette source pétrolière ne cadrerait pas avec nos objectifs à long terme».
Les géants du secteur de l'extraction et du raffinage des sables bitumineux ne resteront pas les bras croisés. Ils ont mené un lobbying intensif cet été auprès d'Ottawa... et d'Obama. La compagnie Nexen et le ministre fédéral Tony Clement ont même rencontré Jason Grumet à la convention démocrate pour enlever l'étiquette de «pétrole sale» accolée aux sables bitumineux (www.thestar.com/Business/article/486056). Le même entretien était à l'horaire avec les Républicains.
Il est difficile de croire qu'un nouveau président, quel qu'il soit, passe de la parole à l'acte dans un avenir rapproché. D'une part, les États-Unis ne se débarrasseront pas de leur «dépendance» au pétrole aussi facilement. D'autre part, s'ils ne veulent plus du pétrole du Moyen-Orient, ils devront quand même importer du pétrole canadien.
La situation deviendra fascinante surtout si le prochain président met en oeuvre un vrai plan vert. Le gouvernement conservateur, ami des pétrolières et responsable d'un bilan désastreux sur le plan environnemental, risque d'être dans une situation précaire.
Stephen Harper n'a pas déclenché des élections hier juste pour ça. Mais gageons qu'il préfère mener sa campagne avant que les comparaisons ne deviennent trop embarrassantes.















