«Mais il ne s'agit pas d'une activité dans le cadre des élections», a déclaré au Soleil Steven Guilbeault, cofondateur d'Équiterre en 1993. «Peu importe qui sera élu le 14 octobre, il faut que le nouveau gouvernement ait pris des engagements clairs pour une économie propre», affirme-t-il.
S'il souhaite que les chefs des partis débattent des enjeux environnementaux pendant la campagne, il déclare que la publication de cette lettre s'inscrit par hasard durant la période électorale. Sa sortie était prévue depuis deux mois.
«De toute façon, les changements climatiques ne sont plus un enjeu entre la gauche et la droite, estime-t-il. Il n'y a qu'à suivre les élections présidentielles américaines. Il n'y a pas tant de différences que ça.»
En ralliant aussi bien des universitaires et5 des militants que d'anciens politiciens de tous horizons, M. Guilbeault vise à créer une «coalition arc-en-ciel» afin que le Canada adopte «une nouvelle approche beaucoup plus sérieuse sur les changements climatiques».
Aussi, pour éviter toute récupération partisane pendant la campagne, M. Guilbeault a même consciemment exclu tous les chefs des partis politiques fédéraux actifs de la coalition.
Il a quand même rappelé que depuis 2002, Stephen Harper est assez ancré sur ses positions. En effet, dès la ratification du Protocole de Kyoto par le Canada en 2002, l'Alliance canadienne qu'il dirigeait et le Parti conservateur avaient voté contre. M. Guilbeault est donc ravi qu'un ancien premier ministre conservateur comme Joe Clark joigne la coalition.
Enfin, approché une fois de plus par plusieurs partis pour participer à la campagne en cours, M. Guilbeault aurait pu se servir de sa forte image médiatique pour relayer son message. Or, il affirme avoir décliné toutes les offres.
«Il s'agit d'une lutte à l'innovation technologique et non politique», précise M. Guilbeault.
Un défi historique
Contrairement à ce qui est exigé dans le Protocole de Kyoto, les GES au Canada n'ont pas diminué de 6 % comme prévu, mais ont plutôt augmenté de 25 % par rapport aux niveaux de 1990. Clairement, les efforts consentis jusqu'ici sont insuffisants, selon la coalition.
Afin d'éviter les pires scénarios catastrophes, la coalition presse donc le gouvernement d'agir dès maintenant pour «réduire radicalement, peut-être même de plus de 80 % d'ici 2050, les émissions de gaz à effet de serre au Canada et partout dans le monde». Cet objectif correspond aux prévisions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat de l'ONU, Prix Nobel de la paix 2007 ex-aequo avec Al Gore.
Comme «les mesures pour attribuer un coût aux émissions doivent constituer le coeur de la stratégie», la coalition propose une taxe sur les émissions et un système de plafonnement et d'échange de droits d'émissions, ou une combinaison des deux.
Les signataires sont toutefois conscients que la lutte contre les changements climatiques passera «par les efforts de toute la société canadienne, des producteurs aux consommateurs, des citoyens aux grandes entreprises». Mais l'adoption de mesures claires, efficaces et durables favoriserait le leadership nécessaire pour dynamiser toutes les sphères de la société, mais surtout, éviterait au Canada «d'être forcé à poser des gestes dictés par d'autres».
De telles mesures responsabiliseront les décideurs quant aux résultats, sans toutefois «nuire à la compétitivité du pays et affecter l'équilibre budgétaire des gouvernements».
En transformant fondamentalement le système énergétique du Canada, sans identifier de technologies spécifiques comme étant la solution, le pays deviendrait le leader mondial qu'il doit être, selon la coalition.









