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Rentrée jazz : un génie dans la contrebasse

Richard Boisvert
Le Soleil

Ceux qui pensent que Glen Moore compose de la musique pour Oregon se trompent. En réalité, c'est sa Klotz qui lui a montré tous les morceaux. Lui s'est ni plus ni moins contenté de les retranscrire. «Cette Klotz est vraiment exceptionnelle, affirme le musicien. Il y a presque 300 ans qu'elle est sur cette planète. Elle a joué des tas de musiques et quelque chose me dit qu'elle connaît bien des chansons.»

Il est 6h du matin, à Portland, quand on y joint le contrebassiste. Ceci explique peut-être cela, mais Moore jure qu'il parle sérieusement. L'instrument demeure à ses yeux un être vivant.

Après tout, qui sait? La contrebasse sortie vers 1715 de l'atelier de Matthias Klotz, un réputé luthier du Tyrol, a fait plusieurs fois le tour du monde. Moore l'a trouvée à Los Angeles. Au début du XXe siècle, dit-il, elle se trouvait à Kiev, puis elle a traversé toute l'Asie en passant par la Mongolie, la Chine et le Japon. Elle a fait escale à Hawaii avant d'aboutir en Californie. Tous ces doigts et ces archets qui ont caressé ses cordes au fil des siècles ont sûrement laissé des traces.

Le destin de la Klotz est lié à celui d'Oregon depuis 1970, ce qui signifie qu'elle vient de passer près de 40 ans à bourlinguer avec le groupe, de l'Inde et du Pakistan jusqu'à l'Afrique du Nord, en passant par le Népal, par l'Europe bien entendu, et aussi par la Russie, l'Australie et l'Amérique du Sud.

Intégrer l'univers musical d'Ore­gon demandait une certaine adaptation. Pour lui faire épouser les tonalités des tablas indiens, Moore a d'abord étendu le registre grave de l'instrument. La cor­de de mi est devenue un do. Puis, il a étiré la petite corde de sol jusqu'au do aigu, de façon à pouvoir accompagner le hautbois de Paul McCandless dans les hautes sphères mélodiques. Cette manière d'accorder, fort peu orthodoxe, était idéale pour une formation non conventionnelle qui a été parmi les premières à métisser le jazz, la musique classique et la musique du monde.

En 2000, après sa rencontre avec le maître contrebassiste François Rabbath, Moore s'est mis à l'archet français et, du coup, a choisi de réadapter sa Klotz à l'accord traditionnel en mi-la-ré-sol. «Elle est très heureuse aujourd'hui», assure-t-il.

Oregon est l'invité du Festival de jazz de Québec, au Palais Montcalm, aujourd'hui à 20h. Glen Moore et ses camarades Ralph Towner, Paul McCandless et Mark Walker ont prévu jouer des pièces de 1000 kilometers, leur plus récent album, ainsi que quelques titres inédits et certainement plusieurs classiques de leur répertoire. «Tout dépend des instruments dont nous disposerons sur place», indique le contrebassiste, qui semble avoir l'habitude de composer avec les imprévus liés au transport.

La contrebasse quasi tricentenaire, elle, ne sera pas du voyage. Pour qu'elle arrive à temps à Québec, Moore aurait dû s'en séparer pendant plusieurs jours. À son âge, la Klotz a probablement besoin d'être ménagée.

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