Vous avez affirmé à quelques reprises que le Sommet de Québec représente, en quelque sorte, le Sommet du second souffle. Pourquoi la Francophonie est-elle arrivée à ce tournant?
Nous avons pensé qu'un sommet emblématique comme celui de Québec, qui coïncide avec le 400e anniversaire de la fondation de la ville de Québec, était une occasion unique pour la Francophonie de se hisser encore plus haut dans l'échelle des organisations internationales. Nous avons déjà réalisé de grandes choses, il ne faut pas se le cacher. Mais un coup de fouet supplémentaire peut être donné.
Quatre thèmes seront abordés à l'occasion de ce sommet : l'environnement, la gouvernance économique, la démocratie et la langue française. Quelle est, à vos yeux, la grande priorité pour la Francophonie?
Tous les enjeux sont importants. Il y a un thème qui évidemment apparaît comme particulièrement important, considérant la situation actuelle : la gouvernance économique. À ce thème, il faudra que nous greffions un débat sur la crise financière mondiale. Le Sommet arrive à point nommé.
Mais il y a un thème qui est particulièrement cher à mon coeur, c'est celui de la langue française. C'est la première fois, depuis que les sommets existent, que nous allons discuter de la langue française. Pourtant, la langue française, c'est notre lien, c'est ce qui nous unit! Si ce lien s'affaiblit, c'est notre mouvement qui s'affaiblit. Donc, nous devons en parler. Avant, nous considérions que c'était acquis, nous nous réunissions pour parler d'autres choses. Mais la langue française pour moi, c'est vital.
Êtes-vous inquiet pour l'avenir de la langue française?
Notre langue est en danger. Même s'il y a beaucoup de gens qui apprennent le français dans le monde, même s'il y a une forte demande pour le français, nous constatons dans les organisations internationales qu'on a tendance à favoriser l'unilinguisme. Je tire la sonnette d'alarme surtout par rapport à l'utilisation du français dans les grandes organisations.
Au niveau de l'Europe, nous formons chaque année en français 13 000 fonctionnaires, diplomates, experts et juristes. Il faut que cet effort soit davantage valorisé.
Quel plan d'action ou quelles initiatives concrètes peut-on espérer du Sommet de Québec ?
Nous avons déjà adopté, en 2006, au Sommet de Bucarest, un vade mecum sur l'utilisation du français dans les organisations internationales qui oblige tous nos États membres, lorsqu'ils participent à des réunions internationales, à s'exprimer en français si leur langue nationale n'est pas une langue de travail de l'organisation. Nous constatons qu'il y a beaucoup de pays qui ne le font pas, soit par snobisme ou pour toute autre raison. Même quand il y a une traduction simultanée, il y a certains représentants d'État qui quelquefois parlent anglais. Nous ne pouvons l'accepter. C'est pourquoi ce sera l'occasion de faire un rappel à ce sujet.
Mais la vie du français ne s'arrête pas aux organisations internationales. La langue française doit aussi être utilisée dans la vie quotidienne. J'ai désigné sept pays, à titre expérimental, où j'ai dépêché des envoyés spéciaux qui sont allés voir les chefs d'État pour leur demander ce qu'ils font en faveur du français dans leur pays. À partir de leurs rapports, je vais proposer au Sommet une nouvelle politique.
Je pourrais proposer d'envisager un pacte linguistique à des États de la Francophonie en disant aux pays : «Vous êtes membres de la Francophonie, je trouve que vous avez encore des progrès à faire. Passons un pacte linguistique qui vous permettra de me dire quels sont les efforts que vous comptez déployer pour faire progresser le français dans votre pays. Quels sont les efforts que vous pouvez faire par vous-même? Qu'est-ce que vous attendez de l'Organisation, des opérateurs et des autres pays membres qui peuvent vous venir en aide?» Comme ça, nous pouvons au moins faire des propositions chiffrées, voir les différentes étapes à franchir, fixer des échéances, contrôler et évaluer. C'est une des choses qui pourra ressortir de ce sommet.
La Francophonie a été critiquée parce qu'elle a ouvert ses portes à des pays membres qui, en apparence, n'ont pas beaucoup de liens avec le français... Est-ce que l'élargissement était une erreur?
Pour des raisons diverses sur lesquelles je ne m'étendrai pas, on a ouvert, on a élargi, on a accepté des pays... Je ne veux pas porter de jugement là-dessus. Mais maintenant que c'est fait, veillons à ce que ces pays qui sont membres fassent des progrès en français. C'est pourquoi il faut passer des pactes avec eux pour augmenter la présence du français dans la vie de tous les jours. C'est ça, le problème.
Est-ce que certains chefs d'État de pays membres ont besoin de traduction pour suivre les débats lors des rencontres de la Francophonie ?
Certainement pas! S'il y a une organisation où il n'y a pas de traduction simultanée, c'est bien la Francophonie. Il n'est même pas question qu'il y ait des interprètes qui susurrent à l'oreille des chefs d'État. Tout le monde parle français. C'est non négociable.
Propos recueillis par Daphnée Dion-Viens
Le grand ménage
Réduction des dépenses. Gestion par résultats. Rigueur, contrôle et transparence. La Francophonie a amorcé sa «révolution tranquille», affirme Clément Duhaime, numéro deux de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Arrivé en 2006, il a été mandaté par les États membres pour entreprendre un grand ménage dans les entrailles de la Francophonie.
Le mandat, faut-il le rappeler, était justifié. Récemment, un rapport de la Cour des comptes française a relevé des irrégularités dans la gestion d'un des bras de l'OIF. Un autre document interne, obtenu par Le Soleil, a décrit le fonctionnement des bureaux à l'étranger de la Francophonie comme étant «coûteux» et «improductif».
Or, depuis son entrée en fonction, Clément Duhaime a revu de fond en comble les pratiques de l'organisation, ce qui lui a permis de faire passer le budget de fonctionnement de 40 % à 33 %, indique-t-il. «L'objectif est d'atteindre 30 %. Et si on enlève les charges de ceux qui font de la coopération, on tourne plutôt autour de 20 %», précise-t-il.
Cure minceur
Les finances ont été assainies, ajoute M. Duhaime, et l'organisation est passée d'un déficit à des surplus, en deux ans seulement. Il y a eu gel d'embauche. Davantage d'employés voyagent désormais en classe économique. Les contrats de services ont été renégociés. «Tout le monde est passé à la cure minceur. Ce genre d'exercice n'est jamais facile, mais c'est une réforme nécessaire», affirme-t-il. Même le budget du cabinet du secrétaire général, Abdou Diouf, a été réduit de moitié.
L'OIF, dont le siège social est à Paris, emploie environ 350 personnes.











