
Si les jeunes sont si studieux, c'est que Claude Vallières mène sa classe d'une main de maître. Cet ancien directeur d'école - qui a travaillé pendant une trentaine d'années dans le milieu de l'éducation au Nunavik - est l'un des deux tuteurs scolaires de cette aventure qui a pris racine dans le Grand Nord québécois grâce aux efforts de Joé Juneau et de son équipe, il y a maintenant trois ans.
Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

«On aimerait contribuer à former les leaders de demain», résume Joé Juneau.
Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve
Il est présentement à Québec avec une équipe qui participe à un tournoi de catégorie atome. Le mot d'ordre : priorité à l'école.
Dans le sous-sol d'une auberge de Sainte-Catherine-de-la-JacÂques-Cartier, mercredi matin, une douzaine de garçons étaient plongés le nez dans leur cahier d'exercices. Malgré la fébrilité, tous travaillaient sans rechigner, ou presque.
Sur les tables, un petit tableau accompagne chaque élève. On peut y lire, à côté du nom de l'enfant, les exercices à faire pour la journée : mathématiques, adjectifs féminins, géométrie... Chaque élève est parti pour Québec avec, dans ses bagages, un plan de travail à compléter d'ici le retour en classe la semaine prochaine. Tous les jours, les séances d'entraînement et les matchs sont ponctués de travaux scolaires.
Si les jeunes sont si studieux, c'est que Claude Vallières mène sa classe d'une main de maître. Cet ancien directeur d'école - qui a travaillé pendant une trentaine d'années dans le milieu de l'éducation au Nunavik - est l'un des deux tuteurs scolaires de cette aventure qui a pris racine dans le Grand Nord québécois grâce aux efforts de Joé Juneau et de son équipe, il y a maintenant trois ans. M. Vallières s'adresse aux jeunes dans un joyeux mélange de français, d'anglais et d'inuktitut.
«Les jeunes ont un horaire très structuré, dit-il. Le message, c'est que l'école est plus importante que tout.» D'ailleurs, la formule conçue n'est pas tout à fait celle des programmes sport-études, qui sont habituellement plus élitistes, précise Joé Juneau. Ici, l'objectif n'est pas de former la relève sportive. Le but est plutôt de se servir du hockey pour garder les jeunes sur les bancs d'école.
Pour être de la partie, l'élève doit remplir trois conditions «non négociables» : avoir un bon comportement, être présent en classe et faire des efforts. «Il y a de très bons joueurs de hockey qui ne sont pas ici», explique l'ancien numéro 90 du Canadien. «Mais au contraire, on en retrouve d'autres qui ont d'importants problèmes d'apprentissage.»
Au Nunavik, 9 jeunes sur 10 ne finissent pas leur secondaire. Il est encore trop tôt pour savoir si ce programme aura un effet sur ces tristes statistiques, mais déjà de «petits miracles» permettent d'espérer. «Je rencontre souvent des gens qui me disent à quel point c'est incroyable que tel jeune ou tel autre soit encore à l'école et que c'est grâce au hockey», raconte Joé Juneau, visiblement fier de ses petits protégés.
Environ 700 jeunes des 14 villages du Nunavik sont inscrits cette année au programme de hockey-études. Ceux qui se démarquent - pas nécessairement sur la glace mais comme meneurs - sont sélectionnés pour faire partie de l'équipe qui se rend chaque année aux différents tournois de hockey mineur organisés à Québec.
Mais dans le Grand Nord québécois, hockey et école n'ont pas toujours fait bon ménage. Il n'y a pas si longtemps, le sport était souvent vu comme un obstacle à l'école. Avec un peu de bonne volonté du milieu sportif, il est pourtant possible d'y remédier, affirme Joé Juneau.
Faire les choses autrement
L'automne dernier, le Journal de Montréal rapportait que la moitié des tournois de hockey mineur se déroulent en partie pendant les heures de classe. Une réalité qui interpelle Joé Juneau. «C'est possible de faire les choses autrement, dit-il. Mais ça prend de la volonté.»
Réserver des périodes pour les travaux scolaires lors des tournois, collaborer davantage avec les directions d'école, véhiculer un autre message auprès des jeunes. «Les parents doivent aussi insister auprès des organisations sportives, ajoute-t-il. Ils ont un grand rôle à jouer.»
Au Nunavik, l'équipe de Joé Juneau travaille d'ailleurs à mettre davantage les parents dans le coup. Pour que le programme soit mieux connu, mais aussi pour que les attitudes développées sur la glace ne restent pas au vestiaire.
«Souvent, les parents se demandent pourquoi les jeunes sont capables de se lever à 6h30 le matin pour jouer au hockey, alors qu'ils ne sont pas capables de faire la même chose à la maison, lance Claude Vallières. On veut informer les parents sur ce qu'ils peuvent faire pour prolonger les valeurs du projet à la maison.»
Esprit d'équipe. Respect. Entraide. Persévérance. Efforts.
«On aimerait contribuer à former les leaders de demain», résume Joé Juneau.


















