Dans la classe de Mme Cloutier, il y a les petits «+» et les petits «?». Ceux qui sont agités et demandent beaucoup d'attention et ceux qui sont très réservés et qui ouvrent rarement la bouche. Grâce à un nouvel outil de dépistage (voir autre texte), une attention toute particulière est portée à ces enfants afin de prévenir les troubles de comportement. On en trouve environ 30 % par groupe.
«Il est important d'intervenir tôt. Les études démontrent qu'après huit ans, il est déjà beaucoup plus difficile de régler un problème de comportement», affirme Natalie Breton, la conseillère pédagogique qui est à l'origine de cette initiative.
L'intervention prend la forme de gestes très simples. Cet après-midi-là , Mme Cloutier réunit les enfants vêtus de leurs sarraus colorés pour une activité de peinture. Alors qu'ils étaient tous sagement assis à la table, l'éducatrice fait distribuer les pinceaux par des enfants plus réservés, pour les encourager à prendre des initiatives. Les plus agités sont invités à attendre patiemment.
À l'occasion, Mme Cloutier se permet aussi de jouer des tours à certains d'entre eux. Lors d'une activité de bricolage par exemple, elle omet de remettre une paire de ciseaux à un gamin qui est particulièrement gêné. «L'idée est d'amener l'enfant à exprimer ses besoins. On ne veut pas qu'il reste seul dans son coin sans rien dire», explique Mme Breton. Quand un enfant vole un camion à un autre, on intervient aussi auprès de celui qui s'est fait enlever son jouet sans protester, pour l'amener à s'affirmer. De petites interventions qui font toute la différence. «En cours d'année, on voit rapidement la différence», lance Gaétane Cloutier.
À un point tel qu'en juin, au moins la moitié des enfants n'ont plus de problèmes de comportement, affirme Natalie Breton, qui a fait de ce programme son projet de maîtrise. «Parmi les enfants qui éprouvent encore des problèmes, il y a aussi eu de l'amélioration», ajoute-t-elle.
Une première commission au québec
Implanté d'abord sous la forme d'un projet-pilote il y a deux ans, ce programme d'intervention précoce a rapidement été étendu à tous les enfants du préscolaire de la commission scolaire de la Côte-du-Sud. Cette année, près de 500 gamins y participent. Les éducatrices reçoivent des formations pour les aider à interagir auprès des enfants, et une intervenante leur vient en aide, quelques fois par semaine. Selon Égide Royer, professeur en éducation spécialisée à l'Université Laval, il s'agit de la première commission scolaire au Québec qui implante un tel programme d'intervention au préscolaire. M. Royer, qui a supervisé les travaux de Natalie Breton, se réjouit de la participation de la commission scolaire dans ce projet.
Serge Mathurin, directeur des services de l'enseignement à la commission scolaire de la Côte-du-Sud, fonde beaucoup d'espoir dans ce projet. «Déjà , les retombées sont très intéressantes, dit-il. On espère qu'en bout de ligne, ce programme aura un impact sur le décrochage scolaire. Si l'enfant se sent bien à l'école, il y a plus de chances qu'il y reste.»
Mettre les parents dans le coup
Apprendre à un parent que son enfant a un problème de comportement n'est pas évident. «On a vu toutes les réactions», raconte Madeleine Gendron, responsable du programme Passe-Partout à la commission scolaire. «Il y a parfois des larmes, du déni... Mais il y a aussi des parents qui nous ont dit qu'ils étaient très effacés à l'école et ils ont souffert de ça. Ils sont contents qu'on aide leur enfant à s'affirmer.»
Une des clés du programme de dépistage (PDP) précoce est la participation des parents. Ils sont d'abord invités à évaluer leur enfant, dans le cadre du processus de dépistage. Ensuite, ils sont appelés à collaborer avec l'éducatrice.
Le lien avec les parents n'est pas toujours facile à établir. Certains parents sont intimidés par l'école. D'autres, au contraire, sont intimidants, raconte Mme Gendron. «Mais en bout de ligne, ils comprennent que c'est pour le bien de leur enfant.»
La participation des parents au PDP est d'ailleurs très bonne, souligne Éloïse Gamache, conseillère en éducation préscolaire. Sur une centaine d'enfants inscrits au programme Passe-Partout, seulement trois parents ont refusé d'y participer. «Ça fait toute une différence lorsque les parents participent», dit-elle.

















