Certains troubles du développement, comme l'autisme et les déficiences de langage, ont connu une augmentation fulgurante au cours des dernières années. Un meilleur dépistage pourrait toutefois expliquer ces statistiques, nuancent les spécialistes.Selon les chiffres que le ministère de l'Éducation vient de rendre publics, le nombre d'élèves souffrant de troubles envahissants du développement (TED) a augmenté, en cinq ans, de 143 % au secondaire et de 92 % au primaire. Il s'agit d'enfants qui peuvent souffrir d'autisme ou du syndrome d'Asperger, par exemple. La plupart du temps, ils ont d'importantes difficultés à communiquer et à socialiser. Au primaire, leur nombre est passé de 1721 en 2003-2004 à 3307 en 2007-2008. Au secondaire, ils sont maintenant 1957, comparé à seulement 805 il y a cinq ans.
Mais c'est au chapitre des problèmes de langage que la hausse est encore plus importante.
Au secondaire, 2082 élèves souffraient de «déficience langagière» l'an dernier, alors qu'ils n'étaient que 621 il y a cinq ans. Un bond de... 235 %. Au primaire, la hausse n'est toutefois que de 24 %. Dans le jargon du ministère, il s'agit d'enfants qui ont de sévères difficultés à s'exprimer et à comprendre lorsqu'on s'adresse à eux. Dans certains cas, ils peuvent souffrir de dysphasie, un trouble du langage causé par une dysfonction cérébrale.
Au ministère de l'Éducation, on explique cette hausse de deux façons. En 2001, les définitions reliées aux différents troubles et déficiences ont été revues, afin de tenir compte des nouvelles connaissances dans le domaine, explique Stéphanie Tremblay, porte-parole du ministère. C'est ce qui pourrait expliquer, par exemple, que le nombre d'enfants avec de graves troubles de comportement ait diminué depuis cinq ans. Certains de ces enfants sont peut-être maintenant considérés comme des élèves présentant un trouble envahissant du développement, selon le nouveau jargon du ministère, avance Mme Tremblay.
Syndrome d'Asperger
Avec les années, le dépistage s'est aussi raffiné, ajoute-t-elle. Une analyse partagée par Égide Royer, spécialiste des problèmes de comportement à l'Université Laval.
«Le syndrome d'Asperger, par exemple, on ne voyait pas ça avant. Avec le temps, le filet de sécurité s'est renforcé», dit-il. Il était temps, ajoute M. Royer, puisque ces chiffres signifient que plusieurs élèves étaient jusqu'à maintenant passés entre les mailles du filet puisque leur diagnostic est survenu au secondaire, après des années passées sur les bancs d'école.
Par ailleurs, les cas d'autisme sont en augmentation en Amérique du Nord et le Québec n'y fait pas exception, ajoute M. Royer : «Au début des années 2000, le taux de prévalence était de quatre à six cas sur 10 000. Maintenant, il est de 1 sur 150. Les méthodes de dépistage ont vraiment été renforcées.»
Même son de cloche de la part de Claire Beaumont, présidente du Comité québécois pour les jeunes en difficulté de comportement. «Ces chiffres m'étonnent et soulèvent beaucoup de questions. Je ne peux qu'émettre des hypothèses. Mais on peut penser que le dépistage est plus efficace», dit-elle.
De manière générale, toutes catégories confondues, le nombre d'élèves en difficulté dans le réseau scolaire a augmenté de 20 % au cours des cinq dernières années. Au secondaire, l'augmentation grimpe à 31 %.











