D'abord prévu pour septembre 2008, le ministère de l'Éducation a déjà reporté d'un an l'implantation obligatoire du renouveau pédagogique à l'éducation des adultes, à la demande des enseignants. Mais six mois avant de faire le saut, les professeurs affirment qu'ils risquent de s'y casser la figure, une fois de plus.«Pour nous, la crainte majeure c'est que les mêmes dérives que nous avons connues au primaire et au secondaire se reproduisent», affirme Manon Bernard, présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement. Les enseignants n'ont pas reçu assez de formation et le matériel pédagogique ne sera pas prêt, ajoute-t-elle.
Présentement, l'enseignement aux adultes se fait surtout de façon individuelle. Les professeurs guident leurs élèves selon leur propre rythme. Avec la réforme, il y aura davantage d'enseignement en groupe et de pédagogie par projets. Une formule irréaliste qui ne colle pas vraiment aux besoins des élèves, affirme la FSE, qui remet en question la pertinence même de ces chambardements.
Même son de cloche de la part de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), qui a récemment fait paraître des publicités dans les journaux pour s'opposer à cette réforme. «Pourquoi vouloir changer une recette gagnante?», affirme Sylvain Mallette, porte-parole de la FAE. Chaque année, des milliers de jeunes décrocheurs retournent sur les bancs d'école par le biais de l'éducation des adultes, rappelle-t-il. Au cours des prochains jours, la FAE fera d'ailleurs parvenir une lettre à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, à ce sujet.
«il faut plonger»
Les directeurs d'école ne partagent toutefois pas le point de vue des enseignants. «La réforme va aider à créer un lien d'appartenance avec l'école. On va mettre en oeuvre les changements au rythme des milieux. À un moment donné, il faut plonger», affirme Chantal Longpré, présidente de la Fédération québécoise des directions d'établissement.
Même son de cloche de la part d'André Caron, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec. «Il faut arrêter de reporter. On ne peut pas toujours pelleter en avant. Il faut que l'éducation aux adultes soit en continuité avec le reste du système scolaire.»
Au cabinet de Mme Courchesne, l'attaché de presse Jean-Pascal Bernier affirme que le point de vue des enseignants sera écouté, mais qu'il ne peut en dire plus pour l'instant.
Le nombre d'élèves inscrits à l'éducation aux adultes a augmenté de 8 % au cours des dernières années, passant de 146 800 adultes en 2001-2002 à 158 700 en 2005-2006. Parmi eux, 33 % ont moins de 20 ans, selon les chiffres du ministère.











