Lors d'une interpellation de deux heures demandée par le député péquiste Pierre Curzi, la ministre Courchesne n'a pas voulu extrapoler sur les objectifs que se fixera le gouvernement afin de donner suite aux recommandations du rapport Ménard. Le taux de décrochage scolaire est de 31 % au Québec, soit de 36 % chez les garçons et de 25 % chez les filles. Une situation qui fait dire au critique péquiste en matière d'éducation que ce fléau est un véritable drame national.
Face aux attaques du Parti québécois, Mme Courchesne s'est surtout contentée de rappeler les actions entreprises par son gouvernement pour contrer le problème, dont la diminution du nombre d'élèves dans les classes. La ministre a du même coup dénoncé les compressions du PQ dans ce secteur à la fin des années 90, accusant les péquistes d'avoir provoqué la crise actuelle.
Ce n'est qu'à la sortie de l'interpellation que Mme Courchesne s'est avancée sur les cibles qu'elle entend se fixer pour combattre le décrochage scolaire. Lors d'un point de presse, elle a soutenu que l'objectif de diplomation de 80 % d'ici 2020 proposé dans le rapport Ménard était bon. Elle a aussi rappelé que son gouvernement imposerait des cibles nationales et, aussi, par commission scolaire.
«Elle est intéressante sa cible de 80 %. Mais est-ce que c'est en 2020, est-ce que ça peut être avant? C'est ce que je suis en train d'évaluer. C'est important de mettre des cibles, mais il faut être capable de les suivre», a-t-elle soutenu.
«Langue de bois»
D'ailleurs, la ministre a indiqué pendant l'interpellation qu'elle préférait de loin «l'obligation de résultat» à l'élaboration de cibles parfois difficiles à atteindre. «L'obligation de résultat. Ça veut dire quoi?, a rétorqué Pierre Curzi. Ça veut dire quoi si on n'a pas de cible? Ça, c'est vraiment de la langue de bois ministérielle.»
Le député n'a pas non plus obtenu de réponses bien précises sur la ventilation des budgets qui seront affectés au décrochage scolaire dans les prochaines années. L'implantation des recommandations du rapport Ménard coûterait annuellement entre 35 millions $ et 65 millions $ pour les trois premières années et de 140 millions $ à 240 millions $ par an par la suite.
Même si elle a reconnu qu'il y avait «urgence d'agir», Mme Courchesne n'a toutefois pas voulu dire si son gouvernement investirait davantage que les 841 millions $ injectés annuellement dans cette lutte. «J'examine comment je peux répondre à chaque recommandation (du rapport Ménard) avec les sommes requises», a-t-elle dit.
Selon elle, l'argent n'est d'ailleurs pas la panacée à tous les maux et le décrochage ne pourra pas être combattu sans l'aide des parents, des entreprises et de tous les intervenants sociaux.
La ministre a aussi fait sienne la recommandation du rapport Ménard au sujet de l'importance de valoriser publiquement l'éducation dans l'ensemble de la société. En «boutade», Mme Courchesne a laissé entendre que les parents accordaient davantage d'importance au bal de graduation de cinquième secondaire qu'à l'obtention du diplôme, du papier.
Le PQ s'est dit déçu des résultats de cette interpellation, affirmant qu'il n'avait pas obtenu l'assurance que le gouvernement avait bel et bien un plan précis pour combattre le décrochage scolaire.
L'ADQ accuse Marois
Du côté de l'Action démocratique, le député Gérard Deltell s'en est plutôt pris au Parti québécois et à sa chef, Pauline Marois. Selon lui, l'ex-ministre péquiste de l'Éducation a contribué à la hausse du taux de décrochage avec sa réforme qui a «semé le chaos» dans les écoles.











