Quand des commissaires envoient leurs enfants au privé

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L'auteur maintient que si la subvention était rattachée... (Photothèque Le Soleil)

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L'auteur maintient que si la subvention était rattachée à l'élève, les écoles privées travailleraient davantage à garder leurs élèves en difficulté plutôt que de les renvoyer à l'école publique.

Photothèque Le Soleil

Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) L'école publique est mal en point. Même des commissaires d'école lui tournent le dos pour opter pour le privé.

Chaque année, quand sonne l'heure de la rentrée, les mêmes titres réapparaissent dans les journaux. L'école privée gagne des adeptes. L'école publique perd des joueurs. Mais il est bien difficile de revaloriser un réseau quand ses propres artisans lui tournent le dos, constatent plusieurs défenseurs de l'école publique.

À Québec, la présidente de la commission scolaire des Découvreurs, Nathalie Vaillant, a remis sa démission récemment. C'est Alain Fortier qui a été désigné pour la remplacer lors du conseil des commissaires, mardi dernier. Avec les nouvelles dispositions de la loi 88, en vigueur depuis le 1er juillet, la présidence hérite désormais de tâches plus importantes. «Ces changements nécessitent une disponibilité que je n'ai pas», a expliqué au Soleil Mme Vaillant, qui est avocate et mère de famille.

Mais en coulisses, certains se demandent si le fait que ses enfants fréquentent le privé n'ait pas pesé dans la balance. Selon nos informations, les deux enfants de Mme Vaillant sont inscrits dans une école secondaire privée pour la prochaine année. Un de ses enfants fréquente l'école privée depuis déjà quelques années, alors que l'autre vient de compléter son primaire dans une école publique. «Disons que sa présidence devient plus difficile à justifier maintenant», affirme une source qui a requis l'anonymat.

Mme Vaillant a refusé de confirmer l'information, qu'elle n'a pas niée non plus. «Je ne répondrai pas à ces questions. Ce sont des choix qui appartiennent aux enfants et aux membres de la famille. Et je ne suis pas seule dans la famille», a-t-elle laissé tomber.

Mme Vaillant ne serait pas la seule commissaire à se retrouver dans cette délicate situation. Le phénomène n'est pas nouveau, affirme Clément Vézina, commissaire à la CS des Découvreurs depuis quelques années. «Il y a toujours au moins une personne autour de la table» qui envoie ses enfants au privé, dit-il.

M. Vézina déplore cette «incohérence». «C'est un peu ironique. Les gens s'occupent de l'école publique, mais ils y font plus ou moins confiance dans leurs choix personnels. Je trouve ça gênant», ajoute-t-il, tout en soulignant que Mme Vaillant faisait «du bon travail».

Roger Ricard, aussi commissaire aux Découvreurs, refuse de jeter la pierre à son ancienne présidente. «C'est un choix. Personnellement, je ne suis pas contre le privé, tant qu'il ne prend pas le dessus», lance-t-il. M. Ricard, qui cumule une quinzaine d'années d'expérience comme commissaire, affirme lui aussi qu'il n'est pas rare que des élus scolaires optent pour le privé quand vient le temps de faire des choix pour leurs enfants.

Une autre commissaire, Réjeanne Beaulieu, souligne par ailleurs que les enfants sont aussi influencés par leurs amis lorsque vient le temps de choisir une école secondaire. «On n'y peut pas grand-chose», laisse-t-elle tomber.

De son côté, le syndicat de l'enseignement des Deux-Rives dénonce la situation. «Ça n'a pas de bon sens. Tu ne peux pas défendre l'école publique alors que tu envoies ton enfant au privé. Ça envoie un mauvais message», lance sa présidente, Andrée Turbide.

À la commission scolaire de la Capitale et des Premières-Seigneuries, on affirme qu'aucun commissaire n'a d'enfant qui fréquente l'école privée. Plusieurs élus sont par ailleurs plus âgés et n'ont plus d'enfants d'âge scolaire.

Au cours des dernières années, le réseau public a perdu des joueurs au profit du privé. La région de Québec n'y échappe pas. Selon les prévisions du ministère de l'Éducation pour l'année 2009-2010, les commissions scolaires de la Capitale-Nationale accueilleront près de 1500 élèves de moins, baisse démographique oblige, alors que le privé comptera tout de même une trentaine d'élèves de plus. Au secondaire, un élève sur trois fréquente une école privée dans la région.

Une décision politiquement inexplicable

«Politiquement, ça ne s'explique pas. Mais personnellement, peut-être que ce choix-là peut s'expliquer.»

Invitée à commenter les décisions des commissaires d'école qui envoient leurs enfants à l'école privée, la présidente de la Fédération des commissions scolaires s'est montrée prudente.

«C'est très questionnant», a reconnu Josée Bouchard, sans toutefois aller jusqu'à réclamer leur démission. «C'est un choix personnel, mais les commissaires doivent assumer ce choix.»

La Fédération des commissions scolaires réclame depuis des années la fin du financement du réseau privé, ou à tout le moins sa diminution progressive. Encore récemment, lors d'une série d'entrevues, Mme Bouchard rappelait que l'inaction du gouvernement s'explique en partie par le fait que plusieurs élus optent eux-mêmes pour le privé lorsque vient le temps de faire des choix pour leurs enfants. La Fédération réclame d'ailleurs une grande campagne pour redorer le blason de l'école publique. «Bien sûr que ça passe au premier chef par la pratique de nos élus, y compris nos élus scolaires, qui sont des modèles pour la population», ajoute-t-elle.

Mme Bouchard, qui était jusqu'à tout récemment présidente de la commission scolaire du Lac-Saint-Jean, affirme avoir déjà eu affaire «à quelques reprises» à des commissaires qui avaient des enfants à l'école privée. «Les gens autour de la table n'étaient pas très heureux de ça. On est en droit de leur poser la question : pourquoi avez-vous fait ce choix? Dans les milieux où ça se vit, ça pose beaucoup de questions.»

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