C'est du moins ce qu'affirme Jacques Gélinas, directeur du Centre d'intervention et de recherche en évaluation du personnel enseignant. «De l'évaluation, il s'en fait de toute façon, mais de façon informelle. Par les collègues, les parents, les élèves...» La popularité des sites Internet comme ratemyteachers.com ne se dément pas, rappelle-t-il. «Alors autant le faire de façon utile et acceptable.»
Malgré les écueils, il est possible d'en arriver à créer des programmes d'évaluation qui respectent l'autonomie professionnelle des enseignants tout en se basant sur des critères objectifs, dit-il. Un des principaux dangers : enfermer tous les profs dans le même cadre. «Ça n'aurait pas de bon sens de demander aux profs de fonctionner avec un seul modèle», dit-il.
En Ontario, le modèle conçu contre vents et marées il y a presque 10 ans est intéressant, estime M. Gélinas. «C'est un programme élaboré et ambitieux. Avec les modifications apportées au cours des dernières années, ça semble bien fonctionner.»
Évaluation pour tous
En 2000, le gouvernement conservateur de Mike Harris a créé tout un émoi dans le réseau de l'éducation en annonçant un programme d'évaluation auquel tous les enseignants - jeunes et expérimentés - doivent se soumettre désormais à tous les cinq ans.
«Les profs craignaient la mise en place d'une ?police des enseignants?», se rappelle Dany Laveault, professeur à la faculté d'éducation de l'Université d'Ottawa et membre du Centre canadien de leadership en évaluation.
Malgré la levée de boucliers, le gouvernement ontarien a maintenu le cap. Après quelques années de mise en oeuvre, des modifications ont été apportées en 2007. Même les syndicats d'enseignants y trouvent maintenant leur compte. «On ne retournerait pas en arrière», affirme Daniel Venne, un des représentants de la Fédération des enseignants de l'Ontario.
L'évaluation est basée sur 16 compétences, qui vont de la maîtrise de la matière à enseigner à l'engagement envers les élèves,
en passant par les méthodes d'enseignement et l'interaction avec les autres collègues. Ce sont les directeurs d'école qui sont responsables de cette délicate opération.
Le directeur rencontre l'enseignant pour discuter des compétences à évaluer, avant de procéder à au moins une observation en classe. Cette observation n'est «qu'un des éléments de l'évaluation», précise le guide du ministère de l'Éducation. D'autres compétences, comme la collaboration avec les autres membres du personnel, sont aussi évaluées selon des commentaires recueillis auprès de collègues.
Une deuxième rencontre se déroule ensuite pour discuter des résultats de l'observation, des forces et des points à améliorer chez l'enseignant. Le directeur prépare ensuite un rapport, dans lequel il attribue l'une des deux mentions suivantes : satisfaisant ou insatisfaisant. Même si l'enseignant réussit l'exercice, il doit tout de même se doter d'un plan annuel de perfectionnement, selon les commentaires recueillis à l'évaluation.
Suivi de l'enseignant
Lorsque l'évaluation est insatisfaisante, l'enseignant doit souscrire à un plan d'amélioration décrivant les mesures à prendre pour corriger la situation. Une deuxième évaluation a lieu dans les deux mois suivant la première. Si le diagnostic est toujours insatisfaisant, l'enseignant est «mis en suivi». La direction surveille alors régulièrement son rendement. Une troisième évaluation insatisfaisante peut mener à un congédiement.
Même s'il est plus facile qu'avant de mettre des enseignants à la porte, le nombre de congédiements n'a pas augmenté pour autant, affirme M. Venne. «C'est même étonnant qu'il n'y en ait pas eu plus, dit-il. C'est positif, ça veut dire que ceux qui en avaient besoin ont eu l'appui nécessaire et qu'ils ont pu s'améliorer.»
C'est d'ailleurs le principal avantage de ce programme, ajoute-t-il. «On arrive à mieux accompagner nos profs. Il y a toujours des exceptions à la règle, mais l'évaluation sert aussi à protéger la profession», dit-il.
Difficile toutefois de dire jusqu'à quel point ce programme a permis d'améliorer la réussite des élèves. Mais le ministère ontarien de l'Éducation y croit. L'évaluation «contribue à rehausser les performances des élèves et à augmenter la confiance de la population dans le système d'éducation public» affirme la porte-parole, Solmaz Khosrowshahian.
Depuis cinq ans, le taux de diplomation des jeunes Ontariens est passé de 68 % à 77 %. Mais l'encadrement plus serré des profs ne peut expliquer à lui seul cet exploit. De 2003 à 2011, un budget de 1,3 milliard $ est prévu pour lutter contre le décrochage scolaire.












