La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, pense avoir réuni les bons ingrédients pour concocter un antidote à un mal qui ronge le Québec depuis des années. Bon an mal an, environ 28 000 jeunes quittent les bancs d'école sans avoir décroché de diplôme, ce qui classe le Québec avant-dernier au Canada au chapitre des taux de réussite.
À la base de la recette, une cible «extrêmement réaliste», selon la ministre : faire passer le taux de diplomation à 80?% d'ici 2020. D'après les derniers chiffres dévoilés mercredi, ce taux s'établit maintenant à 72?% pour 2007-2008, alors qu'il était de 69 % un an plus tôt.
«Il y a de l'espoir, mais il faut continuer à travailler fort. La bataille est loin d'être gagnée», a déclaré Mme Courchesne mercredi, lors d'un point de presse qui s'est déroulé dans une école de Montréal.
Cinq ans et moins
Pour y arriver, la ministre a dévoilé un plan d'action en 13 volets qui vise à mobiliser tout le réseau scolaire, mais aussi l'ensemble de la société québécoise. Élèves, parents, entrepreneurs et organismes communautaires sont aussi invités à mettre la main à la pâte. «Il faut se rendre à l'évidence, dit-elle. L'école ne peut être à elle seule l'acteur principal.»
Ce plan est doté d'un budget d'environ 160 millions $ par année, dont une grande partie du financement est puisée dans des fonds ou des programmes déjà existants.
La ministre Courchesne mise d'abord sur l'intervention auprès des enfants de cinq ans et moins, afin de bien préparer leur arrivée sur les bancs d'école. Chaque commission scolaire doit établir de solides liens avec les centres de la petite enfance et renforcer la collaboration avec le réseau de la santé.
Plutôt que d'ajouter des orthopédagogues, orthophonistes ou psychologues, la ministre opte pour une nouvelle mesure : l'embauche de 200 enseignants-ressources supplémentaires, pour un total de 800. Ces enseignants auront un mandat mieux défini et assureront un suivi individualisé des élèves en difficulté au secondaire
Mme Courchesne réitère par ailleurs son engagement de réduire le nombre d'élèves par classe, tel que promis en campagne électorale l'an dernier. Les classes seront réduites au primaire d'environ 20 % en milieu défavorisé et de 10 % dans les autres groupes.
D'autres mesures comme l'augmentation des activités parascolaires et culturelles, la réalisation de projets communautaires auprès des jeunes à risque ou un plus grand accès à la formation professionnelle font aussi partie des «conditions essentielles» à la réussite de ce plan d'action.
Suivi rigoureux
Pour s'assurer de mener le grand paquebot de l'éducation à bon port, Michelle Courchesne suivra de près les avancées des commissions scolaires. Chacune d'entre elles devra se fixer des cibles de réussite, qui seront rendues publiques, et des moyens pour y arriver. Le suivi sera «rigoureux et continu», assure la ministre.
En point de presse, Mme Courchesne a invité les jeunes, mais aussi particulièrement les parents, à accorder toute l'importance qu'il se doit à l'éducation. «Il faut dire clairement à nos enfants que l'éducation est essentielle. En allant chercher le bulletin, en engageant une bonne relation avec les profs, en invitant les enfants à se coucher tôt. Il faut leur faire comprendre qu'avant le divertissement, il y a avant tout l'école», a-t-elle affirmé.
La ministre entreprendra d'ailleurs cet automne une tournée des régions du Québec afin de rencontrer des profs, des parents et aussi des entrepreneurs afin de les sensibiliser à l'importance de participer à ce vaste chantier.
Reste à voir si, cette fois-ci, le Québec saura relever le défi.
Plan d'action: 13 mesures pour garder les jeunes à l'école.
1. Valoriser l'éducation au Québec par des campagnes de sensibilisation thématique portant sur la lecture, la formation professionnelle, etc.
2. Établir des cibles de réussite pour chaque commission scolaire d'ici mars 2010 et en assurer le suivi.
3. Mobiliser les acteurs régionaux en soutenant davantage les initiatives qui mobilisent toute la communauté.
4. Mieux préparer l'entrée à l'école des enfants en milieu défavorisé ou en difficulté.
5. Réduire le nombre d'élèves par classe au primaire de 10 % et de 20 % en
milieu défavorisé.
6. Réduire les retards d'apprentissage en améliorant les services d'aide aux devoirs et en augmentant l'accompagnement en lecture et en maths.
7. Renforcer la stratégie Agir autrement dans 133 écoles en milieu défavorisé.
8. Offrir un meilleur accompagnement individualisé au secondaire avec l'ajout de 200 enseignants-ressources.
9. Augmenter l'offre d'activités parascolaires.
10. Réaliser des projets communautaires, notamment dans les quartiers défavorisés de Montréal.
11. Mieux accompagner les élèves de quatrième et de cinquième secondaires pour les mener au diplôme.
12. Faciliter l'accès à la formation professionnelle.
13. Raccrocher le maximum de décrocheurs.
Pour plus d'information : www.mels.gouv.qc.ca















