Bon an mal an, plusieurs jeunes arrivent à se faufiler entre les mailles du filet scolaire. Selon les statistiques du ministère de l'Éducation, transmises au Soleil à la suite d'une demande d'accès à l'information, 5380 jeunes avaient décroché en 2006-2007 alors qu'ils étaient inscrits au premier cycle du secondaire (qui comprend la première et la deuxième secondaire). Ces ados, qui sont des élèves de la réforme, représentent 2,5 % du nombre total d'élèves des réseaux public et privé.
Les données du ministère restent toutefois muettes sur le profil de ces jeunes. Impossible de connaître leur âge au moment de décrocher. Or, puisqu'ils font partie des deux premières cohortes de la réforme, «ils ont probablement surfé sur la promotion automatique», fait remarquer Égide Royer, spécialiste de l'intervention auprès des élèves en difficulté et professeur à l'Université Laval. Le redoublement a été aboli pendant les premières années du renouveau pédagogique.
«Si on parle de jeunes de 13 ou 14?ans qui ont décroché, on est dans la misère. Plus de 5000 jeunes de cet âge, c'est beaucoup trop», laisse tomber M. Royer. Ces chiffres pourraient toutefois inclure des élèves plus âgés avec beaucoup de retard scolaire.
À la hausse
Les élèves qui décrochent au début du secondaire sont par ailleurs de plus en plus nombreux. Depuis 2002-2003, leur nombre est passé de 4690 à 5380, soit une augmentation de 14,7 %. Pendant ce temps, le nombre total d'élèves inscrits augmentait de 1,6 %.
L'augmentation reste toutefois faible en matière de proportion, passant de 2,26 % à 2,55 %. «Les chiffres sont tellement petits que je n'ose pas vraiment y voir une tendance», souligne Michel Perron, expert en matière de décrochage et sociologue à l'Université du Québec à Chicoutimi. «Mais ça m'étonne comme statistiques, ça confirme qu'il y a bel et bien du décrochage avant l'âge de la scolarité obligatoire. Il y a vraiment du travail à faire à ce niveau.»
Ces statistiques soulèvent toutefois de nombreuses questions. «Quel est le profil de ces jeunes? Quelles sont leurs caractéristiques? Se sont-ils retrouvés sur le marché du travail? C'est tout cela qu'on doit approfondir», affirme M. Perron. Il y a d'ailleurs fort à parier qu'on retrouve, parmi ces décrocheurs, une majorité de garçons qui fréquentaient l'école publique, ajoute-t-il.
Un suivi serré
De son côté, Égide Royer se questionne sur les failles du réseau scolaire qui ont permis à plus de 5000 jeunes de prendre la clé des champs. «Dans une société où on croit que l'éducation des jeunes, c'est important, on serait allé les chercher.»
Un élève ne décroche pas du jour au lendemain, ajoute-t-il. «Il y a des signes. Des jeunes qui ont deux ou trois échecs. Ceux qui ont beaucoup d'absences. Ceux qui ont été suspendus. Ce sont eux qui sont à risque. La direction devrait faire un suivi serré et efficace auprès d'eux.»
En ultime recours, la direction d'une école peut faire un signalement auprès du Directeur de la protection de la jeunesse (DPJ) si un jeune de moins de 16 ans refuse de revenir à l'école. «Mais la DPJ a souvent d'autres cas plus importants à s'occuper», souligne le professeur de l'Université Laval.
Mais avant de s'en remettre à la DPJ, il y a d'autres avenues à explorer. En se basant sur des modèles d'intervention qui ont fait leurs preuves, il serait possible de réchapper 70 % de ces décrocheurs précoces, estime M. Royer.
En septembre, la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne a dévoilé un plan pour lutter contre le décrochage. Mais la très grande majorité des mesures proposées ne seront en place qu'en septembre 2010. En attendant le coup de barre tant espéré, ces jeunes ados qui quittent l'école représentent «un gaspillage de potentiel épouvantable», laisse tomber M. Royer.
Question de chiffres
Il y a mille et une façons de calculer le taux de décrochage ou de diplomation des élèves québécois. Les chiffres transmis au Soleil tiennent compte des élèves inscrits dans une année donnée qui n'ont pas obtenu de diplôme ni de qualification durant cette année
et qui ne se sont pas réinscrits dans le système scolaire québécois l'année suivante.
Les statistiques de l'année 2006-2007 sont les plus récentes dont dispose le ministère de l'Éducation, qui remplace en ce moment son système informatique, ce qui retarde la mise à jour des données statistiques.













