À l'école secondaire Joseph-François-Perrault, à Québec, la conseillère en orientation Brigitte Leblond voit «une bonne différence» entre les élèves de la réforme et ceux qui les ont précédés.
Avec l'arrivée du renouveau pédagogique au secondaire, les cours d'éducation au choix de carrière (ECC) de troisième, quatrième et cinquième secondaire ont été relégués aux oubliettes.
«Au niveau de la préparation, il y a tout un volet de l'information scolaire qui n'est pas là . En cinquième secondaire, les élèves partent de zéro», dit-elle. Même son de cloche de la part de Martine Deshaies, conseillère en orientation à l'école secondaire Samuel-de-Champlain. «Les jeunes ne vont pas chercher l'information par eux-mêmes, ils partent de plus loin», dit-elle.
Or pour pallier le manque d'information, les conseillers en orientation ont dû multiplier les présentations de groupe en classe, ce qui leur laisse moins de temps pour rencontrer individuellement les jeunes. «Les élèves attendent plus longtemps avant de nous rencontrer», dit Mme Deshaies.
Selon l'Association québécoise d'information scolaire et professionnelle (AQISEP), cette situation se répète un peu partout dans les écoles du Québec. Son président, Gaston Leclerc, a d'ailleurs écrit aux responsables du ministère de l'Éducation pour leur faire part de ses inquiétudes.
«Le manque d'information est flagrant, dit-il. C'est vrai qu'avec Internet, il n'y a jamais eu autant d'information disponible, mais ce n'est pas vrai que les jeunes vont aller sur le Web et tout comprendre par eux-mêmes. Il faut mieux les soutenir.» D'autant plus que le degré de complexité augmente cette année avec le passage de la première cohorte d'élèves de la réforme au cégep, ce qui entraîne des changements dans les cours préalables exigés au postsecondaire.
Au Québec, des conseillers en orientation sont présents dans toutes les écoles secondaires, mais leurs services sont disponibles pour les élèves qui veulent bien aller chercher de l'aide, rappelle M. Leclerc. «Il reste tous les autres, qui ne vont pas nécessairement les consulter. Et les conseillers d'orientation sont déjà débordés, alors ça peut décourager des élèves», affirme
M. Leclerc.
Aller de l'avant
Mais le retour en arrière n'est pas nécessairement la solution idéale, poursuit le président de l'AQISEP. Il faut rappeler que le cours d'éducation au choix de carrière, souvent enseigné par des profs qui n'étaient pas formés dans cette matière, était loin de faire l'unanimité.
Or avec la réforme, les élèves de troisième secondaire qui optent pour la voie «formation appliquée» ont droit à un cours intitulé Projet personnel d'orientation (PPO), qui amène l'élève à s'interroger sur ses intérêts et les possibilités de carrière qui y sont reliés. Mais une minorité d'élèves optent pour ce profil.
Pourquoi ne pas étendre ce cours à l'ensemble des élèves? demande M. Leclerc. Le cours de PPO demeure plus intéressant que le défunt cours d'ECC, puisqu'il est basé sur une démarche individuelle, précise-t-il.
Au ministère de l'Éducation, on refuse d'admettre que les élèves de cinquième secondaire arrivent moins bien préparés qu'avant. «Nous avons mis en place une approche qui leur permet de mieux se connaître et de faire les choix de cheminement scolaire en conséquence», affirme une porte-parole, Ahissia Ahua, faisant référence à l'approche «orientante» mise en place au tournant des années 2000.
Cette approche vise à intégrer différentes activités d'orientation en classe pour aider l'élève à faire des liens entre ce qu'il apprend à l'école et les exigences du marché du travail.
Or selon l'AQISEP, le ministère aurait reconnu que le manque de préparation des élèves concernant leur choix de carrière représente une «grande problématique» lors d'une rencontre commune qui s'est déroulée à la fin octobre.

















