«Il y a un écart considérable entre ma génération et leur génération. Des fois, je l'avoue, ça me fait peur.» Hier, près de 800 personnes étaient réunies à Québec lors du colloque de la Fédération des commissions scolaires portant sur la persévérance scolaire. Lors d'une animation présentée en guise d'ouverture, un enseignant a résumé le «choc des générations» qui se vit au quotidien dans sa classe. «Ils parlent un langage que je ne comprends pas, dans une langue que je comprends encore moins», a-t-il lancé, non sans provoquer des rires dans la salle.
Mais plutôt que de se borner à se dire qu'on n'y comprend rien, il faut faire preuve d'ouverture et faire confiance aux jeunes de la génération C, a affirmé le professeur Réal Jacob, lors de la conférence d'ouverture. Une plus grande collaboration - qui passe forcément par les nouvelles technologies - devient une façon de lutter contre le décrochage scolaire, affirme-t-il.
«Avec Internet, les élèves ont autant accès au savoir que l'enseignant, ce qui change complètement la relation prof-élève. Il faut accompagner davantage les profs pour qu'ils changent leur façon d'enseigner», affirme celui qui est chercheur au HEC Montréal et membre du CEFRIO, le Centre francophone d'informatisation des organisations.
Martin Bélanger, directeur adjoint du programme PROTIC à l'école secondaire Les Compagnons-de-Cartier, renchérit. «L'époque des Filles de Caleb, où l'enseignant détenait le savoir qu'il partageait à ses élèves, est bel et bien révolue. Celui qui détient le pouvoir aujourd'hui, ce n'est plus celui qui a le savoir, c'est celui qui fait quelque chose avec le savoir.»
Enseigner à l'ère de Google
Les exemples sont nombreux. M. Jabob a raconté comment un consultant venu faire une présentation en classe a été déstabilisé après s'être targué d'avoir conseillé le pdg d'une multinationale. Une élève s'est empressée de googler le nom du pdg pour apprendre qu'il s'était fait congédier par son conseil d'administration. «Plutôt que de se dire que les jeunes sont toujours sur Internet, on devrait apprendre à en tirer profit», lance M. Jacob.
Mais la tâche est colossale, reconnaît Martin Bélanger. «Pour les profs, c'est un choc. Les gens qui sont allés à l'école ont toujours connu le même type d'enseignement qui est maintenant remis en question. Même moi, qui ne suis pas très vieux, je n'ai pas appris à enseigner de cette façon. Mais j'ai dû changer complètement ma façon de penser», lance le jeune homme de 30 ans responsable d'un programme axé sur les technologies de l'information.
Étienne Petitclerc, un élève de 16 ans de quatrième secondaire, voit davantage l'enseignant comme un guide. «Il est là pour nous guider à travers ce qu'on apprend. Il agit plus comme un médiateur qu'un informateur en nous aidant à utiliser le Web intelligemment», lance-t-il.
De son côté, Réal Jacob encourage les profs à s'ouvrir à la culture des jeunes. «Lorsqu'on leur interdit l'usage des nouvelles technologies, on entre dans une logique de confrontation et ça ne marche pas. Les blogues peuvent être un moyen simple et efficace de mettre sur pied un carnet d'apprentissage. Il y a 400 millions de personnes sur Facebook, est-ce qu'en éducation, on peut faire quelque chose avec ça?» demande-t-il.
Étienne Petitclerc, qui s'est reconnu dans les propos de M. Jacob, a été ravi de ce qu'il a entendu. «C'est à eux [les profs] de s'adapter à nous et non l'inverse», lance-t-il. Son camarade de classe Charles Brien renchérit?: «Si les adultes s'adaptent à nous, ils vont nous permettre d'apprendre plus et c'est ce qu'on veut.» Êtes-vous prêts?











