Lutte contre le décrochage: la recette du succès ontarien

Daphnée Dion-Viens
Le Soleil

(Québec) Pendant que le Québec fait du surplace en matière de lutte contre le décrochage scolaire, l'Ontario prend une longueur d'avance. En cinq ans seulement, le taux de diplomation est passé de 68 % à 77 %. Mais la province voisine y a aussi mis le prix.

Madeleine Hurtubise et Lyette Serrurier, toutes deux agentes au ministère ontarien de l'Éducation, sont venues raconter hier à Québec comment la province s'est attaquée avec succès au décrochage scolaire à l'occasion du colloque de la Fédération des commissions scolaires.

En 2003, l'Ontario prend cons-cience d'une réalité qui mine sa prospérité : le tiers des jeunes âgés de moins de 18 ans n'obtient pas leur diplôme secondaire. Le branle-bas de combat s'est rendu jusqu'au bureau du premier ministre. «L'éducation est vraiment devenue une priorité», lance Mme Hurtubise.

Une stratégie d'action a été mise en place, à coups de dizaines de millions. Pour s'assurer que le plan de match est bel et bien suivi, un «leader de la réussite» a été désigné dans chaque conseil scolaire (l'équivalent de nos commissions scolaires) et un «enseignant de la réussite» travaille à temps plein dans chaque école secondaire. Dans la mire : les élèves «à risque» que l'on veut garder sur les bancs d'école. «Un élève à la fois, c'est comme ça qu'on y arrive», dit Mme Hurtubise.

Inspiré du milieu médical

Les cas d'élèves à risque sont étudiés chaque semaine par un comité réunissant des enseignants et des professionnels. Le but : se concerter sur le «remède» à apporter.

«On s'est inspiré de la façon de faire dans le milieu médical. On a un cas difficile, on réunit les experts et on discute du cas pour aiguiller l'élève vers le programme qui lui convient le plus», explique Mme Serrurier.

Voilà d'ailleurs le coeur de la stratégie : adapter la formation des élèves du secondaire pour mieux répondre à leurs intérêts. Des programmes coopératifs ont même été mis en place pour des élèves de 16 ou 17 ans afin qu'ils puissent travailler dans une entreprise en lien avec leur plan de carrière.

L'expérience fait alors partie intégrante de leur formation. «L'école n'est plus un filtre, lance Mme Hurtubise. On n'enseigne plus juste pour les élèves qui vont aller à l'université. Toutes les destinations sont importantes.»

Sur le terrain, la concertation entre l'école, et les parents se fait aussi sentir, ajoute Serrurier : «Notre plus grand succès, c'est quand on entend des jeunes nous dire : "Enfin, vous vous êtes parlé."»

Pour cette ancienne directrice d'école, les résultats ont été immédiats. Dès la première année de sa mise en oeuvre, le nombre d'échecs en première année du secondaire est passé de 150 élèves à 47 dans son école, raconte-t-elle.

Mais contrairement au Québec, le gouvernement ontarien a décidé d'investir massivement pour aider ses jeunes à réussir : de 2003 à 2011, un budget de 1,3 mil-liard $ est prévu pour lutter contre le décrochage scolaire. Au Québec, le plan d'action pour la persévérance scolaire dévoilé l'automne dernier était accompagné d'un budget de 160 millions $ par an, mais la grande partie de ces sommes étaient puisées dans des programmes déjà existants.

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