Les bandes dessinées ont fait leur apparition dans les kiosques à journaux il y a plus de 75 ans. Les années ont passé, mais les mythes qui leur collent à la peau sont tenaces.
Même si les garçons en raffolent, plusieurs enseignants considèrent toujours les BD comme des «lectures inappropriées» en classe, peut-on lire dans un rapport publié mercredi par le Conseil
canadien sur l'apprentissage (CCA). «La plupart des enseignants semblent supposer que les bandes dessinées sont de qualité médiocre ou ne sont pas importantes au niveau de l'apprentissage chez les jeunes», affirme son président, Paul Cappon.
Pour faire toute la lumière sur les vertus pédagogiques de la bédé, le CCA a passé au crible les récentes études sur l'univers de la bulle. Verdict : Gaston Lagaffe et Lucky Luke peuvent permettre aux garçons d'améliorer leurs performances en lecture. «Les bandes dessinées représentent un potentiel encore inexploité», estime M. Cappon.
Il s'agit d'une bonne façon d'intéresser les enfants à la lecture, particulièrement les garçons qui sont moins enclins à ouvrir un bouquin. À 13 ans, 32 % des filles affirment aimer lire «beaucoup» comparativement à 17 % pour leurs camarades de classe masculins.
Des préférences
Des recherches laissent aussi croire que les garçons manifestent moins d'intérêt pour la lecture parce que l'école tient moins compte de leurs préférences. Les bibliothèques scolaires auraient tout intérêt à garnir leurs tablettes de bandes dessinées et de romans fantastiques, de science-fiction ou d'aventures, affirme le CCA.
Selon différentes études, 75 % des garçons de niveau primaire lisent des BD, comparativement à 50 % chez les filles du même âge. Il s'agirait du deuxième choix de lecture des garçons après les journaux et les magazines, selon une étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques.
En plus d'intéresser les garçons, les bandes dessinées représentent «un point de départ efficace à la lecture de textes suivis», puisqu'elles permettent de suivre une suite d'événements, de prédire ce qui va arriver et d'interpréter différents symboles.
Les bulles peuvent aussi être particulièrement utiles pour apprendre une langue seconde ou donner un coup de pouce aux élèves en difficulté, poursuit le Conseil. «À la lumière de ces nouvelles données, le moment est venu pour les enseignants et les parents de laisser tomber leurs réserves et de considérer les bandes dessinées comme un bel outil d'apprentissage et d'enseignement», affirme M. Cappon.
L'enseignante Audrey Cantin, qui s'intéresse à l'utilisation de la bande dessinée à l'école dans le cadre de sa maîtrise, est tout à fait d'accord avec les conclusions du CCA. «Il ne faut pas utiliser la bande dessinée comme une lecture bonbon, mais plutôt comme une lecture à part entière, comme le roman ou le conte.» Mais il faut aussi donner aux élèves les clés pour la comprendre, ajoute-t-elle.
Mme Cantin estime que l'intérêt pour la bande dessinée en classe est de plus en plus grand chez les enseignants. «Il y a un vent de fraîcheur depuis quelques années, les enseignants l'intègrent davantage en classe. De mon côté, je l'utilise et je vois que ça fonctionne. Ça peut être un tremplin pour donner le goût de la lecture aux garçons.»
Les filles en avance
Les filles ont une longueur d'avance sur les garçons en matière de lecture. Selon le Programme international pour le suivi des acquis des élèves, les Canadiennes de 15 ans obtiennent 32 points de plus que les garçons concernant les habiletés en lecture, à la base de la réussite scolaire.
«Au Canada, 61 % des diplômés universitaires sont des femmes contre 39 % d'hommes. Cet écart important, que l'on retrouve dans toutes les provinces canadiennes, s'explique surtout par les habiletés en lecture qui se développent à un jeune âge», affirme Paul Cappon, président du Conseil canadien sur l'apprentissage.












