«L'objectif est toujours le même pour le ministère et pour la ministre Beauchamp : offrir un bulletin unique qui soit plus facile à comprendre pour les parents», a indiqué jeudi son attaché de presse, Dave Leclerc.
Mme Beauchamp se montre toutefois «très sensible» aux difficultés qu'implique l'entrée en vigueur de ce nouveau bulletin dès septembre et étudie la possibilité de reporter les changements.
«On va prendre une décision rapide au cours des prochains jours», a ajouté M. Leclerc. La nouvelle ministre veut prendre le temps de consulter les mémoires reçus lors des consultations et lire l'avis du Conseil supérieur de l'Éducation (CSE) avant de trancher.
Avis défavorable
Jeudi, le CSE a rendu public un avis qui recommande à la ministre de ne pas procéder aux changements prévus pour la rentrée. Rappelons que le 11 juin, la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne avait présenté un projet de règlement visant à mettre en place un seul et même bulletin pour toutes les écoles du Québec en septembre.
Le modèle d'évaluation proposé est «davantage axé sur les connaissances», faisant disparaître l'évaluation formelle des compétences transversales. Le projet de règlement prévoit aussi qu'un bulletin sera remis à la fin de quatre étapes obligatoires, une formule plus rigide que ce qui est présentement en vigueur.
En plus de juger l'opération beaucoup trop précipitée, le Conseil rejette du revers de la main les changements prônés par le ministère de l'Éducation. L'organisme consultatif s'oppose au principe même du bulletin unique, qui ne permettrait pas de refléter les spécificités de chaque école.
«L'école doit pouvoir trouver des manières d'ajuster l'information aux caractéristiques de sa communauté. Si on réduit la possibilité pour une école de raffiner l'information transmise aux parents, il risque d'y avoir une perte d'information», affirme Nicole Boutin, présidente du CSE.
Apprentissage par compétences
Le Conseil souligne par ailleurs que les changements proposés «vont bien au-delà» de l'instauration d'un bulletin unique qui vise à améliorer la communication avec les parents. Les modifications «auraient pour conséquence de fragiliser des éléments importants» de la réforme scolaire en vigueur depuis 10 ans, comme l'approche par compétences et l'organisation par cycles d'apprentissage, peut-on lire.
«Il ne suffit pas de connaître ses tables de multiplication, encore faut-il savoir comment les utiliser pour résoudre des problèmes», a affirmé Mme Boutin pour justifier l'importance de l'apprentissage par compétences. L'enseignement par cycles de deux ans a été introduit parce que la recherche a démontré que les enfants, surtout au primaire, n'apprennent pas tous au même rythme, rappelle-t-elle.
Le CSE reconnaît toutefois que des ajustements sont nécessaires en termes d'évaluation, mais rappelle que ce nouveau bulletin est loin de faire l'unanimité dans le réseau scolaire. La Fédération des commissions scolaires, l'Association du personnel de direction des écoles et même la Fédération des comités de parents (FCPQ) se réjouissent d'ailleurs de la position du Conseil. «On n'a jamais demandé ces modifications», a rappelé le président de la FCPQ, François Paquet.
Seule la Fédération des directions d'établissement d'enseignement n'est pas du même avis. «Ça fait longtemps que ce projet est sur la table, c'est le temps de sauter à l'eau. Que le Ministère nous donne les moyens et on arrivera à mettre en place ce nouveau bulletin», a lancé sa présidente, Chantale Longpré.
Il a été impossible jeudi d'obtenir les commentaires de la Fédération des syndicats de l'enseignement.
















