Pancartes et banderoles à la main, des étudiants des cégeps et des universités d'un peu partout au Québec ont pris d'assaut le centre-ville de la métropole, faisant retentir leur mécontentement jusqu'au bureau du premier ministre Jean Charest.
«Les étudiants et les étudiantes sont très motivés», dit Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE). «Ils sont prêts à aller jusqu'au bout pour faire reculer le gouvernement de Jean Charest sur la hausse des frais de scolarité.»
À Québec, quelque 6000 étudiants du Collège François-Xavier-Garneau et environ 2000 étudiants de l'Université Laval étaient en grève. Plusieurs centaines d'étudiants sont montés dans des autobus pour aller manifester à Montréal.
La mobilisation a commencé tôt au Collège Garneau. Dès 6h30, plus d'une centaine d'étudiants ont manifesté devant le cégep, conduisant la direction du Collège à lever les cours pour la journée peu avant 7h.
«On voulait voir si c'était significatif, parce qu'on peut manifester à deux...», dit la directrice du Collège, Denise Trudeau. Voyant que le nombre de manifestants était significatif, l'équipe de direction a décidé de ne pas franchir les piquets de grève. «On ne voudrait pas risquer que ça dégénère», a dit Mme Trudeau.
Étudiante en soins infirmiers, Stéphanie Leclerc, 21 ans, a tenu à se lever tôt pour être de la manifestation devant le cégep Garneau. Elle s'attend à ce que la formation universitaire devienne obligatoire pour les futures infirmières et voit d'un très mauvais oeil la hausse des droits de scolarité de 1625 $ décrétée dans le dernier budget du gouvernement Charest.
La jeune femme dit que, comme la plupart de ses camarades, ses parents ne peuvent pas l'aider à payer ses études. Elle doit aussi payer son loyer, sa nourriture et les autres nécessités, ce qui l'oblige à travailler à temps partiel.
«Ça nous inquiète pour l'université, dit-elle, parce qu'on est déjà très serrés pour la technique.»
Le Collège François-Xavier-Garneau est le seul cégep à Québec qui a embarqué dans le mouvement de grève. Par référendum, la majorité des étudiants du Cégep de Sainte-Foy ont voté contre une levée de cours. Au Cégep Limoilou, les étudiants ont opté pour une occupation symbolique. Certains ont dormi au cégep dans la nuit de mercredi à jeudi.
Levée de cours
À l'Université Laval, les associations des étudiants en histoire, en philosophie, en sociologie, en service social, en anthropologie et en psychologie ont voté pour une levée de cours. Selon l'Association des étudiants et étudiantes en sciences sociales, environ 2000 étudiants de l'Université Laval étaient en grève jeudi.
Dans les départements concernés par la levée de cours, des étudiants ont érigé des piquets de grève, jeudi matin, devant les locaux des cours qui devaient avoir lieu. Certains avaient mis des pupitres devant les portes.
Devant le local du séminaire d'histoire médiévale, au pavillon J.-A.-DeSève, des étudiants avaient installé des banderoles en forme de X pour interdire l'accès au cours. Comme tous les professeurs du département, le professeur Didier Méhu avait reçu la directive de se présenter à son cours jeudi matin, mais il l'a annulé.
«À partir du moment où il y a une zone de piquetage, je ne donne pas de cours», a-t-il dit.
Quelques «indignés»
Parmi les 300 étudiants de l'Université Laval qui sont montés dans des autobus scolaires jeudi matin pour se rendre à la manifestation à Montréal, il y avait quelques «indignés» d'Occupons Québec, dont Jonathan Durand-Folco, 25 ans.
Selon l'étudiant au doctorat en philosophie, les indignés et les étudiants qui se mobilisent contre la hausse des droits de scolarité se rejoignent parce qu'ils militent tous les deux pour la réappropriation des espaces publics par rapport aux intérêts privés. «C'est le même combat, dit-il, mais sur deux plans différents.»
Selon l'ASSE, la mobilisation étudiante au Québec n'avait pas pris une telle ampleur depuis 2005. Des dizaines de milliers d'étudiants avaient alors mené une grève générale illimitée pour protester contre des compressions de 103 millions $ dans le régime de bourses.
Gabriel Nadeau-Dubois, de l'ASSE, affirme que les étudiants vont entamer une grève générale illimitée si le gouvernement Charest ne recule pas d'ici l'hiver sur sa décision de hausser les droits de scolarité de 325 $ par année pendant cinq ans (soit 1625 $ au total), à partir de 2012.
«La manifestation d'aujourd'hui, dit M. Nadeau-Dubois, ce n'est pas la fin, c'est le début de la
mobilisation.»