On veut vos ordures

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On veut vos ordures

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Lorsque les restes de table sont recueillis et transformés, ils génèrent du compost et, avec l'aide d'un digesteur, ils donnent du méthane, un gaz naturel.

Éric Moreault
Le Soleil

D'ici quelques semaines, la région de Québec donnera son feu vert à une usine de compostage, au coût de 35 millions $. Tout indique qu'on optera pour une usine dotée d'un digesteur anaérobique qui transformera les restes de table en énergie. Avant de crier au gaspillage de vos taxes, faisons un petit tour d'horizon de ce qui se trame dans les déchets.

Ça peut sembler difficile à croire, mais les ordures regorgent de potentiel. On ne parle pas des déchets électroniques (e-waste) pleins de métaux lourds (dont de l'or), mais bien des vulgaires sacs de poubelle, dont le tiers est composé de restes de table.

Lorsque ceux-ci sont recueillis et transformés, ils génèrent du compost et, avec l'aide d'un digesteur, ils donnent du méthane, un gaz naturel. Celui-ci est ensuite brûlé et transformé en énergie, ce qui génère 80 % moins de gaz à effet de serre (GES) que la décomposition. Si vous êtes renversés par cette possibilité, ce qui suit va vous laminer.

Car la technologie avance à pas de géant ? l'imagination semble désormais le seul frein à l'utilisation de nouvelles sources d'énergie à faible impact sur l'environnement. La firme AMEC planche sur l'implantation à Montréal d'une usine de diesel synthétique, fabriqué à partir de couches souillées.

Autre exemple, la québécoise Enerkem a signé cet été un contrat de 25 ans avec Edmonton. Elle transformera 100 000 tonnes de déchets municipaux par année en méthanol et en éthanol. À Sherbrooke, son usine de démonstration industrielle fabriquera un drôle de sirop de poteau : de l'éthanol cellulosique à partir d'anciens poteaux électriques!

AlterNRG, de Calgary, utilise des torches au plasma pour transformer les déchets en gaz naturel. Elle fait fonctionner deux usines avec cette technologie au Japon. Autrement dit, il n'y a rien de révolutionnaire à utiliser des restes de table pour produire de l'énergie. Après tout, aux États-Unis, on utilise la même technique avec le fumier de vache ? les kiloVacheheure.

Ressources inépuisables

Les déchets sont une source inépuisable de ressources. En Suède, on récupère plus de 80 % des ordures ménagères pour produire des matières premières, de l'énergie ou des engrais. L'énergie qui en est tirée fournit chaque année 5,2 TWh, presque la production annuelle de LG2.

Dans les pays du tiers-monde, on considère de plus en plus les cueilleurs d'ordures, qui recyclent les matières des dépotoirs, comme occupant un métier légitime qui protège l'environnement et fait rouler l'économie.

Au Cambodge, par exemple, une soixantaine de femmes récupèrent les ordures de Phnom Penh pour les transformer en bijoux, en cadres à photos et en sacs. Chaque jour, ce même genre de scène se répète en Thaïlande, au Viêtnam, en Inde, au Bangladesh...

Et comme, dans ces pays, 70 % des ordures sont constituées de pelures de fruits et de légumes, on apprend aux cueilleurs d'ordures... à faire du compost! Alors, pourquoi pas ici? Surtout que la technologie nous évite de plonger les deux mains dedans...

Malgré le coût élevé, il s'agit d'une situation gagnant-gagnant. D'une part, la région de Québec va réaliser des revenus plutôt que de payer entièrement pour la disposition de ses déchets. D'autre part, elle va réduire la pression sur l'incinérateur, qui fonctionne à pleine capacité.

La grande inconnue demeure notre participation à la collecte de compostage. La moyenne canadienne n'est pas très forte

(27 %), même là où la collecte existe. Sauf dans les endroits où l'on a réglementé. À l'Île-du-Prince-Édouard et en Nouvelle-Écosse, entre 1992 et 2006, le taux est passé de 17 % à 91 % sur l'île et de 19 % à 69 % en Nouvelle-Écosse.

Quand on sait que le taux de recyclage à domicile n'atteint même pas 50 %, on imagine sans peine ce que ce sera pour les restes de table en raison des odeurs et de la manipulation (en passant, c'est pas grand-chose, mais je ne suis pas sûr que ma douce dirait ça). Reste que la responsabilité de réglementer appartient au Québec pas à Québec.

Ce n'est pas demain la veille. À moins que les Québécois se rendent compte qu'il y a de l'argent à faire avec les ordures, tout en protégeant l'environnement.

 

Enerkem : http://www.enerkem.com/index.php?module=CMS&id=11&newlang=fra

AlterNrg : http://www.alternrg.ca/gasification/plasma.html

Bilan du recyclage au Québec : http://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/client/fr/industrie/bilan.asp

La récupération au Cambodge : http://www3.online.com.kh/users/csaro/

Cueilleurs d'ordures : http://news.newamericamedia.org/news/view_article.html?article_id=fc67e1bbecae25b050a5cef7ea28ef9a

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