Shannon: des cancers liés au TCE dans l'eau

Shannon: des cancers liés au TCE dans l\'eau

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Le trichloréthylène (TCE), un cancérogène utilisé dans les bâtiments de la base, était rejeté dans la nature. Il a percolé jusqu'à la nappe phréatique abreuvant, entre autres, Shannon et Val-Bélair.

Photothèque Le Soleil

Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil

(Québec) Des cancers développés par des résidants de Shannon sont liés à la contamination de leur eau potable au trichloréthylène (TCE) par la garnison Valcartier, soutiennent des experts dans un rapport scientifique consul­té par Le Soleil.

Le document a été joint, il y a peu, au recours collectif intenté contre la Défense nationale et un sous-traitant. Il affiche la griffe de Michel Charbonneau, entre autres, professeur à l'INRS, directeur du Réseau de recherche en santé environnementale et «président sortant» de la Société de toxicologie du Canada.

Signe également le Dr Sydney Finkelstein, chef scientifique de Redpath Integrated Pathology, une société de Pittsburgh aux États-Unis, spécialisée dans la génétique des cancers, dixit son site Web.

Étude préliminaire

En conclusion de leur étude préliminaire, les experts se dévoilent plutôt affirmatifs : «Les données présentées dans ce rapport appuient, d'une part, de façon objective, les observations d'un taux de cancer plus élevé chez les gens de la zone rouge (NDLR : secteur le plus contaminé) et, d'autre part, l'allégation générale de cancers chez les gens de la population de Shannon résultant d'une contamination de l'eau potable.»

Les experts ont d'abord scruté la «zone rouge», qui a été reconnue pour ses très hauts niveaux de TCE dans l'eau des puits des résidences. Les échantillons y ont exhibé des concentrations de plus de 200 fois la norme actuelle pour l'eau potable, soulignent-ils.

Un rapport produit antérieurement pour le compte de la poursuite avançait que les «citoyens de cette zone rouge présentent un taux cinq fois plus élevé de cancer» que leurs concitoyens habitant de l'autre côté de la rivière Jacques-Cartier. Là, le taux de TCE serait nettement inférieur, écrivent-ils, paraphrasant l'auteur de cette assertion, le Dr Raymond Van Colie.

Et alors? Les experts ont sondé la génétique de sept personnes cancéreuses ayant habité entre 5 et 22 ans dans la zone rouge et qui puisaient leur eau dans la nappe phréatique. Résultat?

Six des sept échantillons de tissus humains portent des mutations génétiques ? une «signature moléculaire» ? compatibles avec une exposition au TCE, soutiennent Michel Charbonneau et Sydney Finkelstein.

Ils insistent : trouver cette «signature» dans six tissus différents augmente fortement la force de cette conclusion.

Les chercheurs se sont ensuite tournés vers les secteurs périphériques : «L'analyse des cancers observés chez les citoyens habitant dans les sous-régions autour de la zone rouge a aussi apporté des observations révélatrices.» Cinq des neuf tissus décortiqués arborent la signature moléculaire alliable à une exposition au TCE, selon eux.

Au fil des pages du document examiné, les chercheurs détaillent chacun des cas et évaluent le lien possible avec la contamination de l'eau. Souvent, des mentions similaires : «Un tel taux de mutations compatibles avec une exposition aux TCE dans un cancer du rein est un argument très fort appuyant l'allégation d'un cancer induit par une exposition au TCE»; «(...) ceci supporte donc l'allégation d'une exposition au TCE ayant contribué au développement de leur cancer».

Dans quelques dossiers, néanmoins, MM. Charbonneau et Finkelstein écartent une corrélation entre le produit toxique et la maladie. Mais, ajoutent-ils, la présence de la même «signature moléculaire compatible avec une exposition au TCE» chez tous les sujets de la zone rouge et quelques autres installés autour «constitue une démonstration qui dépasse largement le contexte d'une évidence basée sur une observation individuelle». Les experts entendent pousser leur investigation afin d'étayer les résultats.

200 résidants cancéreux

Plus de 200 résidants cancéreux de Shannon sont maintenant inscrits au recours collectif contre la Défense nationale et un sous-traitant. Ils pourraient avoir développé la maladie parce qu'ils ont utilisé de l'eau «potable» contaminée par les rejets toxiques de la base militaire voisine (garnison Valcartier), avance la poursuite.

Le trichloréthylène (TCE), un cancérogène utilisé dans les bâtiments de la base, était rejeté dans la nature. Il a percolé jusqu'à la nappe phréatique abreuvant, entre autres, Shannon et Val-Bélair.

D'autres malades auraient été identifiés dans la région, mais seuls les habitants actuels et passés du territoire de la municipalité de Shannon sont admissibles. Les travailleurs, les voisins, devront intenter un autre recours collectif s'ils jugent avoir subi un préjudice.

La poursuite tente justement de préciser la valeur des dommages subis par les quelque 1200 participants au recours actuel, dont les 200 personnes souffrant d'un cancer. Ainsi, leur avocat demandera sous peu à la cour de forcer l'armée à verser 5000 $ par année à tous les résidants pour le stress subi. S'ajouteraient, si les voeux des juristes représentant les citoyens se réalisent, des indemnités de 15 000 $ à 400 000 $ selon qu'on ait développé une maladie bénigne ou qu'on ait succombé à un cancer causé par le TCE. Les parties ne négocient pas.

 

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