Le monde du recyclage vit une profonde crise depuis plusieurs semaines. À Québec, le papier recyclé depuis maintenant deux mois ne trouve plus preneur et s'entasse dans les entrepôts de la compagnie Matrec, responsable du centre de tri.
Si Québec n'assure aucun profit à l'entreprise, une clause à son contrat lui permet de se retirer si le prix de la tonne de matières recyclables tombe sous la barre des 95 $. Évidemment, la Ville peut accepter de compenser la compagnie pour éviter d'avoir à se retrouver soudain avec un centre de tri sur les bras... et des tonnes de papier.
Et c'est précisément où Québec se trouve présentement. Le ralentissement économique mondial a privé les centres de tri de débouchés. En quelques mois à peine, le prix de la tonne s'est littéralement effondré, passant de 120 $ à 20 $. Bref, on est loin des 95 $ prévus au contrat de Matrec.
Le président de l'entreprise, Marc Fox, assure qu'il n'a pas l'intention de se retirer. «On est confiants que le marché va reprendre, c'est une question de temps.» Reste qu'une aide s'impose, admet-il, une demande formelle devant être envoyée sous peu à la Ville. «On a fait notre possible pour protéger la qualité, donc on va leur faire une proposition financière que nous jugeons correcte pour les deux parties», a-t-il précisé.
En attendant une entente, Matrec et la Ville cherchent désespérément un nouvel entrepôt pour y entasser le papier recyclé qui ne trouve pas preneur. Déjà, le lieu de stockage de Québec déborde au point où plus d'une tonne de matière a dû être transportée à Trois-Rivières. Mieux, la compagnie qui fait également dans le transport a commencé sur la Rive-Sud de Montréal à entreposer du papier à l'intérieur même de camions à défaut de lui trouver un toit.
Évidemment, pas question ne détruire ce papier, ce qui viendrait anéantir les efforts investis pour encourager le recyclage. Pas question non plus de l'entreposer à l'extérieur, puisque la neige l'endommagerait à coup sûr, ce qui reviendrait à le détruire.
Reste que plus la crise se prolonge, plus en sortir sera long. «Chaque mois de crise ajoute un mois à l'autre bout pour écouler le papier accumulé», souligne Marc Fox qui n'avait jamais connu un tel effondrement du prix des matières recyclables.
Dix millions de dollars
Reconnaissant le problème auquel fait face son centre de tri, la Ville de Québec investira 10 millions $ dans sa modernisation. L'achat de nouveaux équipements devrait permettre d'améliorer la qualité du papier recyclé, ce qui devrait en faciliter la vente malgré la crise.
Propriétaire d'un centre de tri à Saint-Hubert, Matrec vient d'ailleurs d'investir 7 millions $ dans sa modernisation. L'achat de lecteurs optiques a nettement amélioré la qualité du papier traité, évitant que du verre y reste mélangé. La facture est toutefois salée : un million de dollars par lecteur.
Sollicitée par Matrec, la Ville se tourne elle-même vers le gouvernement provincial de qui elle espère un coup de pouce financier en janvier. Le ministère des Affaires municipales est en effet à évaluer l'aide à apporter aux centres de tri frappés par la chute des prix des matières recyclables.











