Obama: le peut-il vraiment?

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Obama: le peut-il vraiment?

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Barack Obama

Reuters

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Utilisons un raccourci. L'année 2008, en environnement, se résume à un mot de quatre lettres?: Bush. Et 2009 s'ouvre sur un autre de cinq : Obama. Plusieurs espèrent qu'il s'agisse de la naissance d'un temps nouveau qui reléguera l'ancien au rayon des calamités. Les États-Unis, avec Barack Obama dans un rôle messianique, sont la clé de voûte d'une suite du monde plus durable.

Mais le président élu pourra-t-il vraiment jouer ce rôle? Son administration sera quand même tributaire des décisions de George W. Bush, qui laisse un héritage catastrophique. L'administration Bush semble avoir pris un malin plaisir à affaiblir le plus possible les lois et règlements qui protègent l'environnement, dès ses débuts et encore plus, récemment.L'opposition du président Bush au Protocole de Kyoto est notoire. Celle aux réglementations sur la qualité de l'air et de l'eau l'est moins, mais est tout aussi dommageable. Ces dernières semaines, M. Bush a aussi essayé d'alléger les contraintes concernant les espèces menacées, les mines et les cours d'eau. Ce qui aura pour effet de compliquer la tâche de Barack Obama à partir du 20 janvier en raison de la complexité du processus législatif.

Qui plus est, Sarah «Drill, baby, drill» Palin a beau être retournée en Alaska, ses idées sont discrètement mises en application. L'industrie pétrolière a obtenu le feu vert pour l'exploration et les forages au large des côtes de la Virginie et dans la nature en Utah. Évidemment, le nouveau président pourrait tuer les projets dans l'oeuf. Mais son nouveau secrétaire de l'Intérieur, Ken Salazar, y était favorable, il y a à peine quelques mois.

Le pire est sans contredit les interventions politiques constantes pour censurer des scientifiques et utiliser des techniques de propagande honteuses à des fins corporatistes. En nommant le Nobel de physique Steven Chu à l'Énergie, le message était clair : «Cette administration valorisera la science», a déclaré M. Obama.

Les principaux conseillers scientifiques et environnementaux de la nouvelle administration sont tous en faveur d'une réduction draconienne des émissions de gaz à effet de serre (GES). Le contraste ne saurait être plus frappant.

Le premier ministre Stephen Harper, dont le bilan environnemental ressemble à celui du président Bush, en a pris bonne note. Son discours a un peu changé, mais pas pour la peine. Remarquez, il faut aussi se méfier des déclarations ronflantes qui camouflent l'inaction et une réelle volonté de changement. Le Québec est d'ailleurs passé maître en la matière.

En fait, ce sont les administrations municipales, plus proches des gens, qui se démarquent par leurs actions, même si les bilans sont parfois mitigés. Comme celui de la Conférence des maires américains, dont l'objectif est de réduire de 7 % les émissions de GES en 2012, comparé aux niveaux de 1990. Plus de 900 maires, sur les 1139 villes de plus de 30 000 habitants, ont signé l'accord de réduction.

Bon. Cela écrit, si le président américain n'a pas un pouvoir absolu, il a tout de même un poids moral significatif. Si les récentes nominations font foi de tout, nous assistons peut-être à la naissance d'un nouvel ordre mondial, réellement basé sur le développement durable. Il y a intérêt. Le National Intelligence Council, qui prépare les analyses pour les agences de renseignements et le président, prévoit une multiplication des conflits liés aux changements climatiques d'ici 2025 - les Nations unies disaient la même chose il y a quelques années.

Déjà que le président Obama en aura aussi plein les bras avec l'Irak (et l'Afghanistan) et les difficultés économiques intérieures. Et si le passé est garant de l'avenir, plusieurs vont être déçus. Comme sénateur de l'Illinois, Barack Obama a régulièrement appuyé la très polluante industrie du charbon. Il y a même approuvé une loi qui dénonçait le protocole de Kyoto. C'était il y a 10 ans, d'accord. Il sera néanmoins soumis à d'incroyables pressions.

Le mois dernier, il affirmait sa volonté de réduire les GES américains au niveau de 1990 d'ici 2020. «Retarder nos actions n'est plus une option. Le déni n'est plus une réponse acceptable. Les enjeux sont trop élevés, les conséquences trop sérieuses», a soutenu M. Obama au Sommet des gouverneurs américains sur le climat.

Espérons que c'était autant une déclaration d'intention qu'un avertissement.

Cette chronique fait une pause jusqu'au 12 janvier.

Les forages en Virginie : http://www.cnn.com/2008/POLITICS/12/20/oil.drilling/index.html

L'accord de protection des maires américains : http://usmayors.org/climateprotection/agreement.htm

Les nominations scientifiques d'Obama : http://www.latimes.com/news/nationworld/washingtondc/la-na-obama-green16-2008dec16,0,4200081.story

Le rapport du National Intelligence Council : http://www.dni.gov/nic/NIC_2025_project.html

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