«S'ils nous donnent tous ces millions, ce ne serait pas un peu une admission qu'ils ont tort depuis le début?», s'interroge le docteur Claude Juneau, du Regroupement des citoyens de Shannon.«Ça ne change rien du tout pour nous, ajoute Jean Bernier, impliqué dans cette cause depuis neuf ans. Il faut distinguer le dossier de l'aqueduc de Shannon de celui du Regroupement des citoyens.»
Le recours collectif intenté contre le ministère de la Défense nationale et un sous-traitant en raison de maladies développées à la suite d'une contamination de l'eau par le trichloréthylène (TCE) doit être entendu à l'automne prochain. Selon l'avocat du regroupement, le dossier global devrait atteindre 1,3 milliard $, soit 700 à 800 millions $ en indemnités et dommages pécuniaires et 500 millions $ pour la décontamination des terrains. Le Regroupement des citoyens de Shannon évalue qu'environ 2000 personnes feront partie du recours.
Les sommes promises hier paraissent donc bien petites à côté des réclamations du recours collectif. À tout le moins, Jean Bernier et Claude Juneau croient que l'annonce de la ministre Verner enlèvera un poids des épaules de leurs concitoyens.
Raccordés au réseau d'aqueduc de la base militaire, ils sont nombreux à ne pas faire confiance à cette eau. «C'est une question qui revient souvent, indique Jean Bernier. Peut-on boire l'eau de la base? Après s'être fait empoisonner avec leur eau pendant 50, 60 ans, c'est normal que les gens aient des doutes, même si les autorités leur disent qu'ils peuvent avoir confiance. C'est donc une très bonne nouvelle en ce sens.»
Pluie d'appels
Le téléphone du Regroupement des citoyens de Shannon ne dérougit plus depuis que l'émission Enquête a ébruité leur histoire d'un bout à l'autre du pays.
L'appel lancé dans tous les médias pour retrouver des anciens résidants de Shannon aux prises avec des problèmes de santé a porté fruit et des personnes qui n'avaient jamais pensé que leurs problèmes de santé pouvaient être liés à leur séjour à Shannon se manifestent.
«Nous recevons tellement de téléphones, ça n'a pas d'allure, affirme le Dr Juneau. Les gens sont craintifs et je les comprends. Moi-même, je crains maintenant pour la santé de mes enfants et de mes petits-enfants. Je me suis toujours impliqué dans cette cause pour mes patients, mais ma fille m'a ouvert les yeux. Les problèmes de santé de mes petits-enfants sont peut-être reliés à la contamination de l'eau de Shannon.»
Le combat est donc loin d'être fini pour les gens de Shannon.
«Je suis certain qu'ils n'avoueront jamais leur culpabilité, mais je suis tout aussi certain de la valeur de notre cause, lance Jean Bernier. Ça fait neuf ans que je m'occupe de ce dossier et je ne sais pas quand j'en verrai la fin, mais j'ai bon espoir qu'on nous donnera raison.»










