Le documentaire de Pierre Brochu, qui prendra l'affiche vendredi à Québec, dresse un portrait implacable du vieillissement prématuré de nos lacs habités, causé par l'activité humaine : urbanisation, agriculture intensive, traitement inadéquat des eaux usées, multiplication des embarcations à moteur...
Et les nombreux spécialistes québécois de la question - ils y sont presque tous interviewés - ne sont guère optimistes : nos lacs se dégradent... et ça va continuer. «On n'est pas en mode de développement durable», tranche un inspecteur du ministère québécois... du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs.
Le film démontre que des décennies de laissez-faire politique ont causé des torts presque irréparables à l'environnement de plusieurs plans d'eau. «Il va falloir resserrer le combat. Le gouvernement du Québec s'en lave les mains. Ça ne peut plus continuer comme ça», s'est exclamé Denis Racine, le maire de Lac-Sergent, à la sortie de la projection de presse.
Budgets de misère
Bénévoles, associations et organismes de bassin-versant font leur gros possible avec des budgets de misère pour limiter les dégâts, mais «on n'avance pas, on recule, constate Michel Fleury, de l'Association des riverains du lac Sept-Îles. Le film, ça va nous faire plaisir de le présenter. Mais seuls les convaincus vont y être - qui représentent 20 % de la population autour du lac.»
Denis Racine n'y va pas par quatre chemins. «Les mesures volontaires, c'est passé date. Ça ne marche pas.» La municipalité de Lac-Sergent, située à une trentaine de minutes à l'ouest de Québec, a adopté, en 2007, un règlement qui oblige les riverains à renaturaliser les berges. Le lac Sergent, campé entre les lacs Sept-Îles et Saint-Joseph, de même que le lac Saint-Charles, réserve d'eau potable de Québec, ont connu des épisodes de cyanobactéries ces dernières années.
Dans une entrevue à Radio-Canada Estrie, Léopold Gaudreau, sous-ministre adjoint au développement durable à l'Environnement, a plaidé que plusieurs modifications avaient été apportées depuis le tournage du film.
Une commission parlementaire «pourrait porter plus loin la démarche amorcée par la ministre (Line) Beauchamp» à la suite de la crise des algues bleues en 2007, croit néanmoins M. McKay, critique à l'environnement au PQ.
Les intervenants réunis mardi dénonçaient justement le manque de volonté politique. «On arrive à l'étape essoufflement (des bénévoles). Il va falloir que les pouvoirs publics interviennent», a commenté Michel Fleury.
«Il y a pourtant plein de choses à faire qui ne coûtent rien comme la protection des bandes riveraines. Mais on est loin de la coupe aux lèvres», a poursuivi le réalisateur Pierre Brochu, qui s'indigne des dépérissements des lacs québécois après son enquête de deux ans. Par exemple, en Estrie, il ne reste que 4 % de rives à l'état naturel en pourtour d'une trentaine de lacs.
«Il faut arrêter de faire des relations publiques avec l'environnement et poser des gestes», a convenu M. McKay, le seul élu provincial à avoir répondu à l'invitation.
«Le film est fini, mais le dossier est loin d'être complété», a résumé Pierre Brochu.
Nos lacs sous la surface prend l'affiche au Clap vendredi, sera diffusé à Canal D et sortira en DVD en avril. Le site www.lacssouslasurface.com présente aussi une section d'informations sur la question.











