«Le maire [Régis Labeaume] est d'avis que c'est une mesure pertinente, souligne François Picard, vice-président de l'exécutif à la Ville de Québec. On investit tellement dans le traitement de l'eau qu'il faut servir d'exemple», ajoute-t-il en soulignant «l'excellente qualité» de l'eau de Québec.
Malgré tous les investissements municipaux, l'eau du robinet «est extrêmement moins chère que l'eau embouteillée», rappelle-t-il. M. Picard souligne qu'aux séances du conseil municipal, les conseillers boivent de l'eau du robinet depuis longtemps.
Seules les machines distributrices seront exemptées du bannissement de l'eau embouteillée dans les édifices municipaux. «Comme on vend des boissons gazeuses, je verrais mal comment on pourrait faire...»
Lévis vient tout juste de se doter d'un Service de l'environnement. Alors, pour l'eau en bouteille, «il y a tellement de problématiques qu'on n'en est pas là. Il va couler de l'eau sous les ponts», explique Christian Brière, le directeur des communications. Il souligne toutefois que les élus boivent généralement de l'eau du robinet lors des séances du conseil municipal.
Il y a quelques semaines, la Fédération canadienne des municipalités (FCM) a demandé aux collectivités de l'ensemble du pays de mettre fin à l'utilisation de l'eau embouteillée dans les établissements municipaux. L'Union des municipalités du Québec (UMQ), dont font partie Québec et Lévis, a entériné la position de la FCM.
On cherche ainsi à éviter que de nombreuses bouteilles de plastique se retrouvent dans la nature ou au dépotoir. Seulement
44 % du milliard de bouteilles consommées annuellement au Québec sont recyclées. La campagne a aussi pour but de promouvoir la consommation de l'eau du robinet, une ressource pour laquelle les villes dépensent beaucoup d'argent.
Le Conseil des Canadiens (CDC) et le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) y voient aussi une façon de soutenir une eau dont la propriété et la gestion sont publiques.
«À l'occasion de cette Journée mondiale de l'eau, nous demandons aux villes et aux collectivités de déclarer l'eau un droit de la personne et d'assurer un accès à de l'eau propre, sécuritaire et publique», a expliqué Maude Barlow, présidente nationale du CDC et conseillère principale sur les questions de l'eau auprès du secrétaire général de l'ONU.
«Il existe, au Canada et ailleurs dans le monde, un mouvement en croissance réclamant une protection de nos ressources en eau contre les menaces de privatisation et le sous-financement.» Les CDC et le SCFP appuient la démarche de bannissement des bouteilles d'eau.
Line Beauchamp, la ministre québécoise de l'Environnement, est favorable à une diminution de la consommation de l'eau embouteillée, mais estime qu'il serait abusif d'en interdire l'achat et la distribution dans les édifices publics. Mme Beauchamp craint qu'une interdiction favorise la consommation de boissons gazeuses ou énergétiques, moins bonnes pour la santé.
Même si les raisons écologiques pour éviter de boire de l'eau en bouteille sont de plus en plus évidentes, elles doivent triompher d'éléments symboliques puissants : le marketing et la peur. Il y a eu, ces dernières années, un effet de mode favorisant la consommation de l'eau embouteillée. Mais plus encore, la confiance des citoyens envers leur réseau d'aqueduc a été ébranlée par la tragédie de Walkerton, en Ontario, ou celle de Shannon, en banlieue de Québec. Sans parler des innombrables avis qui demandent à la population de faire bouillir leur eau avant de la consommer.
D'ailleurs, même si la plupart des Canadiens (68 %) continuent de boire l'eau du robinet, seulement 41 % la boivent directement, sans la filtrer ou la faire bouillir en premier, révèle une étude publiée la semaine dernière.
Une ressource vitale, mais facile à gaspiller
La majorité des Canadiens (53 %) considère l'eau comme la ressource naturelle la plus importante du pays, selon une étude dévoilée la semaine dernière. Et ils sont inquiets : plus de huit personnes sur dix croient que le Canada connaîtra un problème de pénurie d'eau potable à moins de porter attention à la conservation. Ce qui ne les empêche pas de continuer à gaspiller à des taux alarmants.
Fait paradoxal dans une province reconnue pour ses quelque 700 000 lacs et son fleuve, les Québécois (68 %) sont les habitants qui ont le moins confiance dans la capacité de leur région à répondre à leurs besoins d'eau douce. Ils sont aussi ceux (54 %) sont qui ont le moins confiance dans la sécurité et la qualité de l'approvisionnement ainsi que ceux (58 %) qui ont le moins confiance dans la capacité du Canada de répondre à ses besoins d'eau douce à long terme.
Les Canadiens croient utiliser en moyenne 66 litres d'eau par jour alors qu'ils en utilisent cinq fois plus : 329 litres par jour. Nous ne sommes pas les champions du gaspillage, mais pas loin. Seuls les Américains utilisent plus d'eau par habitant. Les Européens consomment moins de la moitié de l'eau qu'utilisent les Canadiens. Mais seulement 6 % des Canadiens croient que le gaspillage est une menace à l'approvisionnement en eau douce...
Le sondage Ipsos Reid que contient l'étude a été effectué auprès de 2165 Canadiens. Les résultats sont considérés comme exacts dans une marge de plus ou moins 2,2 %, 19 fois sur 20.












