Noyer la poule aux oeufs d'or

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Noyer la poule aux oeufs d\'or

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Le film Nos lacs sous la surface est à l'affiche au Clap.

Nos lacs sous la surface

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Un souhait pour nos lacs : que le documentaire Nos lacs sous la surface provoque dans la population le même électrochoc que L'erreur boréale pour la forêt. Parce qu'au rythme où vont les choses, le Québec est en train de noyer la poule aux oeufs d'or, au détriment des prochaines générations. Encore une fois.

L'eau est la plus précieuse de nos ressources naturelles. Et pourtant, nous la dilapidons sans réfléchir. Les lacs habités du sud du Québec dépérissent presque à vue d'oeil, malades de la pollution générée par l'activité humaine : urbanisation, agriculture intensive, traitement inadéquat des eaux usées, foresterie, multiplication des embarcations à moteur...

Nos lacs se dégradent et ça va continuer, disent les spécialistes. Tout ce qui touche de près ou de loin aux activités aquatiques génère des retombées économiques annuelles de 6 milliards $ au Québec. Si l'économie a préséance sur l'écologie, que fera-t-on quand les lacs seront tellement pollués qu'ils seront désertés? Cette gestion à courte vue n'a rien à voir avec le principe de développement durable que les politiciens aiment évoquer sans en mesurer la réelle portée. Et encore moins appliquer.

Peu importe ce que diront les députés, le laxisme gouvernemental des dernières années est patent. Il suffit de parler aux riverains qui ont connu l'effervescence du programme des lacs, au début des années 80. Celui-ci a succombé aux coupes massives de plus de 300 emplois au ministère de l'Environnement en 1987.

D'ailleurs, le réalisateur Pierre Brochu prend un malin plaisir à présenter les plus belles déclarations ministérielles, avec trémolos et apparences de conviction, sur l'importance de l'environnement et de la préservation de l'eau au Québec. Puis de démontrer, patiemment et faits à l'appui, que les belles promesses ne se sont pas concrétisées. Québec a abdiqué ses responsabilités. Il existe parfois des règlements, mais ils ne sont pas appliqués, faute de ressources.

Bien sûr, les Nations unies ont félicité le Québec, il y a deux semaines, pour son approche novatrice par bassin versant (qui tient compte de toutes les eaux de surface vers un même point). Notamment parce qu'elle favorise l'élaboration de plans d'action collés sur les besoins du milieu naturel.

Ben oui : on préfère traiter le malade en phase terminale plutôt que de circonscrire en aval les sources du mal. Encore là, municipalités, organismes de protection et de bassins versants manquent cruellement de moyens pour protéger les lacs. Et quand les municipalités veulent se donner une marge de manoeuvre en haussant les taxes de 5 %, les riverains, qui contribuent généralement aux problèmes, crient au meurtre.

Ce n'est pas l'ajout de quelques inspecteurs à l'Environnement, annoncé dans le dernier budget, qui va y changer grand-chose. L'augmentation de 9 % du budget du ministère, c'est bien, mais celui-ci ne représente toujours que 0,4 % du budget total du Québec, une goutte d'eau. Et ce n'est pas parce que les cyanobactéries (algues bleues) sont disparues du radar médiatique que le phénomène n'existe plus. Comme le disait un expert, ces éclosions sont un wake up call d'une détérioration qui pourrait s'avérer irrémédiable. Québec a proposé un plan d'action, mais il est nettement insuffisant parce que pas assez contraignant.

Le pire, c'est qu'il ne s'agit pas toujours d'une question d'argent. Le Nouveau-Brunswick a rapatrié les pouvoirs fédéraux concernant la navigation sur les lacs pour interdire les bateaux à moteur là où le besoin se fait sentir. C'est vrai qu'il y a 800 000 bateaux au Québec. Ça fait beaucoup d'électeurs...

Autre exemple : la protection des bandes riveraines, qui varie de 10 à 15 mètres. Déjà que c'est insuffisant, pourquoi, en milieu agricole, la largeur de protection est-elle de seulement trois mètres? «La situation empire, mais tout le monde est conforme. Posez-vous des questions», comme le dit Louis Hautecloque... un agriculteur.

D'ici quelques semaines, la fonte des neiges charriera des tonnes de sédiments dans les cours d'eau, asphyxiant un peu plus des lacs déjà sur le respirateur. Au même moment, des centaines de milliers de Québécois fébriles s'apprêteront à les prendre d'assaut sans trop réfléchir aux conséquences.

Jean Charest devrait être particulièrement sensible à la question, lui, un natif de l'Estrie. Mais le problème avec cette lente détérioration, c'est justement qu'elle est lente. Les bénéfices d'éventuelles interventions seraient imperceptibles avant les prochaines élections...

Nos lacs sous la surface est à l'affiche au Clap.

http://lacssouslasurface.com

 

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