La grande frousse nucléaire

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La grande frousse nucléaire

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Deux tours de la centrale nucléaire Three Mile Island de Goldsboro, en Pennsylvanie, sont inactives depuis la fusion partielle du réacteur il y a 30 ans.

Photothèque Le Soleil

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Il y a exactement 30 ans, l'Amérique du Nord se payait une grande frousse avec la fusion partielle du coeur du réacteur nucléaire de Three Mile Island. La peur du nucléaire a cédé la place à celle des changements climatiques et relancé l'intérêt pour la filière nucléaire. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut que nous soyons rassurés pour autant.

Depuis la catastrophe, aucun réacteur n'a vu le jour aux États-Unis. Mais Stephen Chu, le secrétaire à l'énergie de l'administration Obama, souhaite que le nucléaire prenne sa place aux côtés des énergies solaire et éolienne pour combattre les émissions de gaz à effet de serre.

Il faudrait construire dans le monde une centrale aux trois semaines pendant 40 ans pour avoir un impact, somme toute marginal, sur les changements climatiques. Ce qui n'empêche pas plusieurs pays, les États-Unis en tête, de relancer leur industrie nucléaire.

L'exemple de la France, dont 80 % de l'énergie provient du nucléaire, est souvent évoqué, de même que de l'expertise d'Areva, qui appartient en grande partie au gouvernement français. Mais on parle moins souvent des lacunes entourant ses 210 sites miniers d'uranium abandonnés dans l'Hexagone et de leur danger potentiel.

Or, justement, ce regain d'intérêt pour le nucléaire a des conséquences immédiates pour les Québécois, plus particulièrement pour les habitants de la Côte-Nord. Des compagnies se sont montrées intéressées à reprendre l'exploitation de mines d'uranium. Les citoyens ne veulent rien savoir, en raison des impacts environnementaux et sur la santé. Le milieu organisera un forum sur la question, fin mai.

À cet égard, la décision de Québec de reconstruire notre seule centrale nucléaire, Gentilly-2, devrait, au moins, susciter un large débat public. Au moment où on part en croisade contre les sacs en plastique, parce qu'ils prennent jusqu'à 400 ans à se biodégrader, le sort des déchets nucléaires, qui prennent des centaines de milliers d'années à devenir inoffensifs, indiffère la population.

Des médecins québécois avec une expertise en la matière ont pourtant sonné l'alarme. Il y a «une incidence de cancers et surtout de leucémies particulièrement élevée en périphérie de plus de 136 centrales nucléaires dans le monde». De plus, les réacteurs comme celui de Gentilly libèrent du tritium en «quantité dangereuse». Cette eau radioactive se retrouve ensuite dans les nappes phréatiques, dans le lait des vaches et dans des légumes de la région.

Comme souvent, la notion de proximité y joue un rôle-clé. Vous pouvez parier que si la centrale se trouvait en banlieue de Québec ou de Montréal plutôt que Trois-Rivières, l'opposition se ferait beaucoup plus bruyante. À preuve, un sondage Gallup, en 2006, démontrait que 56 % des Américains étaient en faveur des centrales nucléaires. Mais quand la question stipulait qu'elle serait construite dans la région, le taux d'appui baissait à 45 %.

Cette reconstruction d'au moins deux milliards de dollars, qui coûtera probablement beaucoup plus, fait aussi en sorte que Québec reste sur la courte liste des quatre provinces qui accueilleront éventuellement le centre d'enfouissement unique du Canada pour les déchets nucléaires...

Il est facile d'évoquer le risque «inexistant» d'accident nucléaire. Il y a pourtant eu Three Mile Island. Le Japon a connu deux grandes frayeurs : en 1999, à Tokaimura, des taux de radiation 15 000 fois supérieurs à la normale, détectés à deux kilomètres à la ronde, ont suivi une fuite causée par une erreur humaine, et en 2007, un tremblement de terre a provoqué une fuite de 1200 litres d'eau radioactive dans la mer du Japon.

Il y a également tous les accidents évités de justesse et les lacunes parfois criantes en matière de sécurité. Par exemple, en 1998, l'Ontario a dû fermer 7 de ses 20 réacteurs à la suite d'un rapport d'experts indépendants.

En ce moment, la moitié des quelque 100 réacteurs et plus en construction ou projetés se retrouvera en Chine, en Inde ou dans un autre pays émergent, ce qui n'est guère rassurant.

Justement. Le prochain Tchernobyl, avec ses 200 000 victimes en 1986, aura peut-être lieu en Afrique. Ou au Pakistan. Ou en Iran. Il s'agit d'une perspective absolument terrifiante, d'une horreur qui dépasse notre entendement. Pouvons-nous nous permettre ce genre de roulette russe? Mais j'oubliais. Qui se soucie du sort des habitants de ces pays lointains?

Références complémentaires

La renaissance du nucléaire américain : http://www.romandie.com/infos/news2/090327064615.c7ldo9te.asp

L'héritage nucléaire français : http://energo.blog.fr/2009/02/12/france-la-securite-des-residus-miniers-d-uranium-en-question-5558030/

Accident de 1999 : http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/462003.stm

Accident de 2007 : www.iht.com/articles/2007/07/17/news/japan.php

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