Vincent Burrus, professeur de microbiologie à l'Université de Sherbrooke, n'est pas surpris : «C'est presque une évidence. Il y a un lien direct.»
L'étude de scientifiques des universités Birmingham et Warwick est importante parce qu'elle suggère que le problème de résistance n'est pas seulement lié à la surprescription d'antibiotiques et au manque d'hygiène dans les hôpitaux. Il s'agit aussi d'un problème environnemental puisque les produits se retrouvent dans la nature par les égouts.
Les chercheurs ont étudié l'usage de composés d'ammonium quaternaire (CAQ) dans les produits de nettoyage. Ceux-ci servent - efficacement - à tuer les bactéries. Le problème survient ensuite, lorsqu'ils sont rejetés par les égouts des maisons et des usines et qu'ils se diluent dans l'eau. Les bactéries développent alors une résistance.
«Une fois les autres bactéries éliminées, celles qui sont résistantes aux CAQ vont se multiplier en grand nombre. Le problème, c'est que l'ADN qui confère cette résistance contient aussi des gènes qui confèrent la résistance aux antibiotiques. Nous avons créé un environnement idéal pour l'émergence de ces bactéries résistantes aux antibiotiques», a expliqué le professeur William Gaze, de l'Université Warwick, au quotidien britannique The Guardian.
Cette découverte a des implications très importantes, signale
M. Burrus. «En déclenchant ce phénomène, on favorise l'émergence de micro-organismes multirésistants. Ceux-ci se retrouvent dans les eaux de rivière qui sont parfois utilisées pour l'entretien de matériel d'élevage ou d'épandage. Ils se retrouvent ensuite dans la chaîne alimentaire.»
«Notre recherche démontre que la résistance aux antibiotiques n'est pas confinée aux hôpitaux, mais se retrouve aussi dans la nature. Cette propagation érode notre habileté à contrôler les infections. C'est très préoccupant», a commenté le professeur Liz Wellington, qui a aussi participé à l'étude.
L'équipe de M. Gaze a étudié des sols qui reçoivent des eaux d'épuration ou d'épandage de fumier de cochon à plusieurs endroits. En utilisant une technique de détection d'ADN, ils ont cherché à détecter la présence de gènes résistants aux antibiotiques - et trouvé ceux-ci en grandes concentrations.
«L'interactivité est claire. Nous produisons des eaux usées et de rivières qui ont plus de bactéries résistantes aux antibiotiques et qui pénètrent ensuite dans la chaîne alimentaire», a expliqué M. Gaze.
Le cas des CAQ n'est pas unique, signale M. Burrus. «Nous nous questionnons sur l'utilisation de pas mal de molécules. Dans le cas des CAQ, les hôpitaux n'ont pas vraiment le choix de les utiliser, mais doit-on absolument étendre cette utilisation aux produits domestiques?»
Les conséquences risquent d'être dramatiques. «Nous pouvons imaginer autant de mesures que nous voulons pour contrôler l'émergence de ces bactéries dans les hôpitaux, mais le problème est plus vaste. Il est maintenant dans l'environnement», a déclaré Liz Wellington au Guardian.











