Historien et spécialiste du patrimoine, pasionaria de la bataille contre le projet de port méthanier à Lévis, Michel Lessard est persuadé que Gaz Métro laissera tomber le projet dans quelques années en raison.
Le Soleil, Patrice Laroche
«On va laisser traîner l'affaire. On va étirer la sauce pour que ça passe mieux auprès des actionnaires. Pour le moment, la présidente de Gaz Métro n'a pas le choix de dire qu'elle va poursuivre le projet. Des dizaines de millions de dollars ont été engloutis dans ce projet», a-t-il affirmé, hier, lors du lancement devant les médias du livre intitulé Rabaska : autopsie d'un projet insensé.
Son collègue et ami Gaston Cadrin, président du Groupe d'initiatives et de recherches appliquées au milieu, ne va pas aussi loin. Il compare Rabaska, qui a obtenu son certificat d'autorisation du gouvernement du Québec il y a 18 mois, à un cadavre encore chaud qui pourrait ressusciter.
Angoisse et anxiété
Les deux s'entendent pour dire toutefois que le gouvernement doit retirer l'autorisation de construire un port méthanier en raison de l'angoisse, de l'anxiété que vivent les 130 familles qui résident dans le secteur où serait aménagé le port méthanier à Lévis et aux nombreuses autres vivant à l'île d'Orléans. «Est-ce qu'on doit laisser ces familles sur le qui-vive avec une épée de Damoclès sur la tête pendant encore 10, 12 ans? Je dis non», a répondu M. Cadrin.
À son avis, le terminal, s'il voit le jour, recevrait ses premières livraisons de gaz liquéfié au début des années 2020 si la conjoncture économique est favorable et si le prix du gaz augmente de beaucoup pour rattraper le prix payé en Europe.
Pouvoirs
Le géographe suggère au gouvernement d'utiliser un des pouvoirs que lui confère la Loi sur la qualité de l'environnement pour révoquer le certificat d'autorisation accordé à Rabaska, puisqu'il ne s'en est pas prévalu dans l'année qui a suivi sa délivrance.
En plus des délais qui n'en finissent plus, les opposants au projet rappellent que plusieurs questions concernant la pertinence d'un port méthanier, les besoins énergétiques du Québec et la sécurité n'ont pas eu de réponse complète.
Ils demandent au gouvernement de mandater l'Institut national de santé publique du Québec de produire un avis sur l'acceptabilité du projet Rabaska dans une optique de santé publique comme cela avait été fait pour le projet du Suroît en 2004.
Le livre fait une analyse critique des interventions et des silences de la plupart des acteurs dans la longue saga du projet de port méthanier à Lévis. Les auteurs dénoncent la complaisance du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement. Le lancement public du bouquin de 266 pages a lieu jeudi soir au Musée de la civilisation.













