De la prospection d'uranium sur la Côte-Nord!

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De la prospection d\'uranium sur la Côte-Nord!

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Une compagnie minière de la Colombie-Britannique explore déjà le secteur de la rivière Moisie à la recherche du précieux minerai.

Le Soleil, Éric Moreault

Éric Moreault
Le Soleil

(Sept-Îles) Un petit vent de panique a soufflé sur Sept-Îles quand la population a appris cet automne qu'une minière cherchait de l'uranium, pratiquement aux portes de la ville. Certains citoyens ont eu des réactions viscérales, mais la plupart se sentent encore dépassés par les avis contradictoires sur la question. On se fie à qui? Est-ce dangereux ou non? Et à quel prix? Un prix que peu semblent vouloir payer, en tout cas.

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Terra Ventures «n'aura jamais notre appui», souligne Jean Masse, le maire suppléant de Sept-Îles.

Le Soleil, Éric Moreault

La radioactivité tue lentement et silencieusement. Et traîne une peur presque panique dans son sillage. Le projet d'exploration de Terra Ventures, poussé par la hausse du prix de l'uranium, est embryonnaire, mais il secoue la communauté de 26 000 habitants. Le clan des pour et le clan des contre ont des avis tranchés, mais entre les deux une majorité se dit mal informée.

Au Café suprême, Springsteen chante Working on a Dream. Éric Labrie travaille, lui, pour une compagnie minière. Ce qui ne l'empêche pas d'être partagé sur la question, tout comme son collègue Éric Thibeault. «L'exploration est une chose, l'utilisation en est une autre...»

Voilà le noeud du problème. L'uranium n'est pas un minerai comme les autres : il est radioactif. Sa seule mention engendre un lot de craintes, qu'elles soient fondées ou non. Alors imaginez quand Terra Ventures, une compagnie de la Colombie-Britannique, s'est mise à chercher à proximité de la réputée rivière Moisie. Il n'en fallait pas plus pour qu'on craigne une contamination irréparable de la rivière à saumons.

Éric Thiffault est catégorique : «En ce qui concerne la santé, il y a beaucoup de questions sans réponse», souligne le physiothérapeute de l'hôpital Sept-Îles, approuvé par la demi-douzaine d'amis qui l'entourent.

Et pour cause : le Québec n'a jamais exploité d'uranium - ce qui ne saurait tarder. Par contre, le Canada a une bonne expertise, à titre de premier producteur mondial. Les experts se font donc rassurants. Au stade de l'exploration, il y a peu de risques de contamination de la nappe phréatique ou de l'air.

Ça se corse par la suite, mais les possibilités qu'il y ait une mine au lac Kachiwiss, où on retrouve une vingtaine de chalets, sont minuscules - pour l'instant, compte tenu de la faible teneur d'uranium dans les gisements. Marc Fafard, qui est à la tête des militants opposés à la prospection, n'en croit rien. «C'est complètement faux. Puisque l'uranium est en surface, c'est l'endroit le plus facile pour le sortir au monde. Il va y avoir un projet de mine sérieux sur la Côte-Nord d'ici cinq ans, c'est sûr», soutient l'ingénieur de formation et amateur de plein air. Le milieu minier estime qu'il est alarmiste.

Moratoire et forum d'information

À la Ville, en tout cas, on ne veut pas courir de risque : Terra Ventures «n'aura jamais notre appui», souligne Jean Masse, le maire suppléant. À vrai dire, les élus n'avaient guère le choix tellement l'inquiétude était grande dans une partie de la population.

Sept-Îles a donc demandé un moratoire sur l'exploration et l'exploitation de l'uranium pour l'ensemble du Québec - resté sans réponse - et un forum d'information. Celui-ci se déroulera jeudi et vendredi. Ce qui ne va pas sans controverse non plus. Ce sont des journées où la majorité des gens travaillent. On doute aussi de l'«objectivité» de la formule retenue. «C'est pour nous amadouer», pense M. Fafard.

Mais même si les opposants font beaucoup de bruit, certains sont circonspects. «Je ne crois pas tout ce que les verts disent : il ne faut pas capoter, non plus. Je vais attendre d'avoir plus de détails», souligne Marius Bélanger, un retraité des chemins de fer. «C'est du développement économique. L'environnement, c'est bien, mais il faut d'abord du pain. Au Québec, il y a des lois : on n'est plus au XVIIIe siècle», estime Louis Tremblay, un travailleur forestier qui appuie l'idée.

Voilà l'équilibre délicat entre développement économique et environnement qui se retrouve dans la balance. Des opposants à l'uranium croient, au contraire, que la Côte-Nord, en général, et Sept-Îles, en particulier, ont leur part de contaminants liés à l'exploitation de mines, de barrages et d'aluminium.

Sujet explosif et émotif

Le sujet est explosif et hautement émotif. Certains, parmi les plus rationnels, ont d'ailleurs refusé de donner une entrevue au Soleil, de crainte d'enflammer les passions. C'est le cas, par exemple, de l'Agence de santé et de services sociaux de la Côte-Nord, qui préfère attendre la tenue du forum.

Son directeur, le docteur Raynald Cloutier, a publié un avis qui stipule que «l'exploration de l'uranium ne représente pas de risque pour la santé publique». «Cette activité présente très peu de risques de mettre en circulation dans l'environnement des substances radioactives et n'augmente pas le risque d'exposition naturelle de la population», écrit-il. De plus, les concentrations actuelles, 0,02 % en moyenne, ne sont même pas détectables par les dosimètres utilisés dans les hôpitaux pour détecter les radiations.

Toutefois, «les risques à la santé apparaissent de façon plus spécifique à l'étape de l'exploitation», mais demeurent «contrôlables». Le pneumologue Bruno Imbault est totalement en désaccord. «Nous sommes inquiets de la durée de vie des sous-produits de l'exploitation, qui restent radioactifs pendant des centaines de milliers d'années. Il n'y a aucun moyen de les endiguer aussi longtemps sans risque d'accident.»

Le docteur Imbeault et une trentaine de médecins de l'hôpital de Sept-Îles ont dénoncé le projet. Certains ont même menacé de partir si un projet voit le jour. Quand on connaît les difficultés de trouver un médecin en région, on comprend que l'argument revient souvent quand on discute avec les gens...

Ce qui dérange surtout les professionnels de la santé, confie-t-il, c'est qu'il «n'y a pas de bonne étude sur le fait qu'il n'y a pas de risques pour la population environnante». Certaines études existent, concède-t-il, mais «elles sont financées par les minières». Lui préfère se fier sur l'exemple des Navajos, aux États-Unis, qui démontraient des taux de cancer du poumon plus élevés que la moyenne après avoir travaillé dans les mines d'uranium.

En fait, lui, comme une très grande majorité des habitants de Sept-Îles interrogés pour ce reportage, préfère mettre le couvercle sur la marmite avant que la situation ne lui explose au visage. Comme le dit si bien le Dr Imbault, «une fois que la mine sera ouverte, on ne pourra plus rebrousser chemin».

 

Sources : Ressources naturelles Canada; ministère des Ressources naturelles et de la Faune Québec; Association de l'exploitation minière du Québec; Regroupement pour la surveillance du nucléaire; MiningWatch

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