Lutte contre les changements climatiques: un grand pas vers Copenhague?

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Lutte contre les changements climatiques: un grand pas vers Copenhague?

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Le plan américain de lutte contre les changements climatiques vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre tout en créant des emplois verts et en diminuant la dépendance envers les sources d'énergie étrangères.

Éric Moreault
Le Soleil

(Québec) Les États-Unis ont effacé des années de déni lorsque la Chambre des représentants a adopté, vendredi, un corpulent plan de lutte contre les changements climatiques. Il s'agissait d'un test important pour l'administration Obama et d'un préalable incontournable aux négogiations de Copenhague sur le climat. Mais son adoption n'est pas aussi éclatante qu'elle aurait dû l'être, ce qui laisse présager de sérieuses difficultés pour convenir d'un nouvel accord mondial.

Le projet de loi sur l'énergie propre et la sécurité a, en effet, été endossé par 219 parlementaires, contre 212, soit un de plus que le minimum requis (218), dans une Chambre contrôlée par les démocrates. Ceci en dépit du fait

que Barack Obama et Al Gore aient mis tout leur poids dans la balance...

La loi doit maintenant passer l'étape du Sénat, où les républicains peuvent plus facilement paralyser son adoption. Le plan vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) tout en créant des emplois verts et en diminuant la dépendance envers les sources d'énergie étrangères. La pièce maîtresse des 1200 pages est toutefois l'établissemment d'un système de plafonnement et d'échange des émissions de carbone (cap and trade). Les industries ont alors une limite d'émissions à respecter. Celles qui ne réussissent pas doivent acheter des crédits à celles qui ont respecté leur plafond.

Ed Markey, l'un des deux «pères» de la loi, dit qu'il s'agit «de la législation environnementale et énergétique la plus importante de l'histoire de ce pays». Elle permettra à Barack Obama de se présenter à Copenhague, en décembre, avec de meilleures cartes.

Peut-être. Ce qui ne règle pas la question des changements climatiques pour autant. Ne nous berçons pas d'illusions. Les négociateurs américains se sont évertués ces dernières semaines à dessouffler des attentes irréalistes. Les États-Unis ne pourront diminuer leurs émissions des GES de 40 % d'ici 2020 ? tout au plus de 17 % (par rapport à 2005, et non 1990, année de référence du Protocole de Kyoto). Ce qui est nettement en-deçà du seuil souhaitable pour un impact significatif, préviennent les scientifiques. Le Canada s'est dépêché d'entonner le même refrain, même s'il s'était engagé, à Bali, en 2007, à atteindre cet

objectif.

L'administration Obama a au moins l'excuse des années Bush, et puis elle doit composer avec une situation interne incertaine. La crise économique a fragilisé les appuis au système de plafonnement et d'échange - les Américains ne sont plus que la moitié à l'appuyer par peur des coûts qu'il risque d'engendrer (150 $ par famille annuellement). Il y a aussi plusieurs politiciens qui mettent la priorité sur leur réélection plutôt que le bien commun : après moi, le déluge.

Compromis affaiblissants

Les compromis négociés pour l'adoption de l'entente, notamment en faveur des grands pollueurs et des agriculteurs, en font foi. Ils ont sérieusement affaibli la portée initiale de l'entente, au point où certaines organisations environnementales ont souhaité qu'elle ne soit pas adoptée. L'adoption risquant de passer pour une fin en soi plutôt qu'un pas dans la bonne direction. D'autres ont plaidé que c'était mieux que rien...

Par ailleurs, le fait que tous les yeux soient tournés vers les États-Unis depuis novembre détourne l'attention mondiale des travaux préparatoires pour Copenhague, où plusieurs pays, dont le Canada et le Japon, se traînent les pieds. Au point où la ministre danoise du Climat et de l'Énergie a pratiquement lancé la serviette, il y a deux semaines : «Il n'y a aucun doute que les pourparlers se déroulent trop lentement.»

Admettons qu'elle soit dans le champ. Ça ne servira pas à grand-chose si les Chinois et les Américains se regardent en chiens de faïence et prétextent réciproquement leur immobilisme pour éviter d'avancer!

Importance capitale

Cette adoption demeure d'une importance capitale, ne serait-ce que pour empêcher plusieurs administrations, dont celle du Canada, de se complaire dans l'immobilisme en montrant du doigt nos voisins du sud. Il s'agit, certes, d'un grand pas pour les États-Unis, mais pas pour l'Humanité. Celui-là, il viendra - peut-être - à Copenhague. À condition que les réductions ne soient pas des voeux pieux comme à Rio (1992) et à Kyoto (1997).

Mieux, que les gouvernements consentent à réellement investir dans les énergies renouvelables, plutôt que dans des structures héritées du XXe siècle (une Bourse du carbone) et dans des solutions (la capture du CO2) qui s'apparentent à un pansement sur une jambe de bois.

Mais ne dit-on pas que l'enfer est pavé de bonnes intentions?

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