Bien qu'il se tienne généralement dans les eaux très profondes - on en a observé jusqu'à 2200 mètres sous l'eau -, le requin du Groenland (Somniosus microcephalus) semble affectionner les eaux peu profondes des environs de Baie-Comeau, sans que l'on sache pourquoi.
«On les a cherchés pendant des années, et finalement, on les a trouvés en 2003», explique Jeffrey Gallant, cochef de l'expédition, dont la maîtrise en sciences de l'environnement à l'Université du Québec à Trois-Rivières porte sur S. microcephalus. «C'était inattendu, parce que normalement, il faut des appâts pour observer des requins, mais dans ce cas-ci, on n'a rien à faire. On va toujours au même endroit et s'il y a des requins dans le secteur, ils viennent à nous d'eux-mêmes. C'est probablement par curiosité qu'ils viennent voir qu'est-ce qui se passe, parce que ces animaux sont maîtres absolus de leur environnement. Ils n'ont pas de prédateur naturel dans le golfe.»
Or, poursuit M. Gallant, «après six ans, on ne sait toujours pas ce qu'ils font dans la région de Baie-Comeau. On n'en a jamais vu se nourrir, on n'en a jamais vu s'accoupler. Et c'est le seul endroit au monde où ils sont si facilement accessibles pour les plongeurs, parce qu'autrement, ils se tiennent trop profond.» Il s'agirait, dit-il, d'une population résidante, car les mêmes individus ont été observés plusieurs fois depuis 2003.
L'équipe de sept personnes de l'Expédition Laimargue 2009 fera, si tout se déroule comme prévu, une première plongée dans les parages de Sacré-Coeur lundi soir (ce requin est aussi présent au fond du fjord), pour ensuite se rendre à Baie-Comeau jusqu'au 22 juillet. L'objectif est, entre autres, de fixer des émetteurs sur quatre à huit requins et de suivre leurs déplacements quotidiens, de même que de mesurer la température de l'eau où ils évoluent. Ces requins nagent habituellement à une allure paresseuse qui permet aux plongeurs de s'en approcher aisément.
Des bribes d'explication à leur présence étonnante à cet endroit pourraient ainsi être découvertes, mais M. Gallant soupçonne que la réponse se trouve plutôt au fond du chenal Laurentien, à 300 mètres de profondeur. Aller la chercher si loin prendrait toutefois des moyens que l'équipe n'a pas.
«On est à peu près tous des gens qui ne sont pas payés pour faire ça, et il y a très peu de fonds disponibles. On le fait par passion», explique M. Gallant.
Instructeur de plongée et responsable du programme de plongée du Parc Aquarium du Québec, Paul Boissinot participera «en bonne partie bénévolement», apportant même son zodiaque personnel, dit-il. L'Aquarium lui-même finance une partie de l'expédition.
En tant que chef de plongée, M. Boissinot s'occupera du volet sécurité. «Il y a des techniques de plongée pour [éviter les attaques de requins], comme ne jamais être seul, rester groupé, surveiller le dos de chacun.» Il dit n'avoir jamais vu de comportement agressif d'un requin du Groenland, mais «leur comportement est encore à l'étude, alors on va rester très, très prudent».
Même son de cloche du côté de M. Gallant, qui est celui qui en a vu le plus. «Ce n'est pas un animal qui semble agressif envers les plongeurs. [...] Quand ils s'approchent de nous, ils vont se rendre jusqu'à une distance qui leur permet d'avoir un contact visuel, puis vont adopter une trajectoire parallèle ou alors s'éloigner.»











