Bruno Boulet est penché sur une amanite vireuse, un champignon mortel, et sur un cèpe, le champignon le plus prisé des amateurs, qui ont poussé côte à côte dans la forêt de Duchesnay. Huit professeurs sont pendus à ses lèvres, captivés par les explications du pathologiste forestier sur la contribution des champignons au cycle de vie des forêts. Par cette magnifique journée du mois d'août, ils sont une trentaine de profs à découvrir ou redécouvrir cette importante ressource naturelle sous un autre jour... à l'invitation de l'Association forestière Québec métropolitain (AFQM).
L'AFQM est un organisme à but non lucratif qui regroupe autant des représentants de l'industrie, de l'enseignement que du mouvement écologique. Elle veut éduquer la population à la conservation des arbres en milieu urbain et à l'utilisation rationnelle des ressources naturelles en milieu forestier.
Mais à ce camp, ses représentants ne s'en cachent pas, ils veulent faire contrepoids à un certain discours «pour redorer le blason de la foresterie» et se débarrasser «de la vieille image qui nous colle à la peau».
Pas pour une question d'image, mais d'avenir : la foresterie manque de relève, une situation qui va s'accentuer quand l'industrie sortira de la crise dans laquelle elle est empêtrée. Avec toutes les nouvelles négatives véhiculées par les médias ces dernières années, «les jeunes ne sont pas attirés par un emploi en foresterie», constate Étienne St-Michel, agent de projet à l'AFQM.
Pour y remédier, on convie depuis cinq ans plus de 1000 élèves du deuxième cycle du secondaire à découvrir les métiers de la forêt. Cette année, on a poussé la logique plus loin en invitant pour la première fois des professeurs du primaire et du secondaire, ainsi que des conseillers en orientation, à une activité : un camp de quatre jours à la Station touristique Duchesnay, tous frais payés - grâce à l'appui financier de divers partenaires, dont le gouvernement du Québec. Au menu de cette «école en forêt» : ateliers pratiques, visites industrielles et conférences.
«On veut démontrer qu'on n'en est plus à L'erreur boréale [le documentaire de Richard Desjardins et de Robert Monderie]. On travaille sur notre forêt dans une optique de développement durable. Il reste beaucoup de travail à faire, admet M. St-Michel, mais on s'en va dans le bon sens.»
Les profs rencontrés sur place par Le Soleil étaient ravis de l'expérience. «On a beaucoup appris. Et je viens chercher des choses très concrètes [pour mon travail]», souligne Mathieu Blain, professeur de cinquième secondaire à Louis-Jacques-Casault, à Montmagny. Ce qui ne l'empêchait pas de garder un oeil critique sur les activités proposées. «On est capable de faire la part des choses.»
Le camp «a changé ma vision des choses sur l'ensemble de la foresterie - il se fait des choses extraordinaires, constate M. Blain. C'est le fun d'avoir l'autre côté de la médaille. Ça change ma perception des choses. Ce qui ne veut pas dire que je vais prêcher les vertus de l'industrie pour autant!»











