L'industrie n'est pas sortie du bois

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Éric Moreault
Le Soleil

(Duchesnay) Dix ans après L'erreur boréale, l'image véhiculée par le documentaire extrêmement critique colle encore à la peau de l'industrie forestière. La réalité a beau avoir beaucoup changé, plaident ses représentants, les mythes qui entourent l'exploitation de la forêt québécoise sont tenaces. Mais, reconnaissent-ils, l'industrie part de loin. Réussira-t-elle à sortir du bois, au propre comme au figuré?

Les images dévastatrices de coupe à blanc ont frappé l'imaginaire des Québécois urbains. Mais elle a aussi créé une onde de choc dans la profession. «Ça nous a permis de prendre le taureau par les cornes et de changer certaines attitudes dans la profession», estime Éric Michaud, un ingénieur forestier chez BPH environnement. Il est bien placé pour évaluer la question. M. Michaud agit parfois comme médiateur entre l'industrie et les utilisateurs de la forêt quand il s'agit de négocier les coupes sur un territoire donné : il se trouve coincé l'arbre et l'écorce.

Sa présentation, il y a quelques jours, au Camp forêt des profs (voir autre texte) s'ouvrait d'ailleurs sur une phrase révélatrice : «La connaissance éloigne les préjugés.» Préjugés qui ressemblent à peu près à ceci : les industriels exploitent la forêt sans penser à l'avenir et à l'impact sur l'environnement. De plus, ils utilisent les arbres pour produire des «deux-par-quatre», exportés aux États-Unis, et des pâtes et papiers.

Ce l'était peut-être à une certaine époque, ce ne l'est plus, plaide Étienne St-Michel, agent de projet à l'Association forestière Québec métropolitain. D'une part, on cherche de plus en plus à extraire le bois dans une optique de développement durable. C'est-à-dire en essayant d'imiter la nature dans ses mécanismes de renouvellement des forêts et en limitant au maximum l'impact sur les habitats et la faune. D'autre part, «les usines sont maintenant à la fine pointe de la technologie et cherchent à investir dans la transformation».

Il s'agit de produits à valeur ajoutée comme les poutrelles de lamellé-collé qui sont utilisées pour le stade Chauveau. En plus de leurs grandes qualités mécaniques, elles représentent un avantage environnemental sur le béton ou l'acier. Parce qu'à quantité égale, elles demandent moins d'énergie, et parce qu'elles agissent comme puits de carbone. Le CO2 qui a servi à la croissance de l'arbre est «fixé» pour la durée de vie du bâtiment.

En fait, des firmes d'ici travaillent à minimiser les quantités de bois à utiliser en augmentant sa résistance et sa durabilité, allant même jusqu'au croisement génétique pour favoriser la croissance (une technique décriée par certains groupes écologiques).

Les travailleurs de la forêt ont donc conscience qu'ils n'ont pas qu'un problème d'image, mais aussi de mentalités. Celles-ci changent beaucoup, surtout avec l'arrivée de jeunes professionnels conscients des nouvelles réalités environnementales entourant l'exploitation de la forêt. À ce propos, Éric Michaud croit que la renaissance de l'industrie, qui traverse une grave crise, passe par la certification. Celles-ci, au nombre de trois (FSC, CSA et SFI), sont utilisées pour assurer que les produits du bois respectent la gestion durable des forêts.

Mais même si l'ensemble du régime forestier change, les Québécois resteront méfiants. Comme le reconnaît Éric Michaud, «on a encore du chemin à faire en termes de crédibilité et de transparence».

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