Cet ardent critique de l'étalement urbain devenu un des ténors du «nouvel urbanisme» estime que dans un avenir rapproché, on n'aura plus le choix de vivre au centre-ville ou dans des communautés rurales autonomes. Entre les deux, ce sera le désert. Le Soleil s'est entretenu avec M. Kunstler, hier, avant son passage à l'Université Laval, ce midi, à l'occasion de la journée En ville sans ma voiture.
Q Pourquoi dites-vous que la montée des prix de l'essence tuera les banlieues?
R Il n'y a pas seulement l'augmentation des prix de l'essence. Il y a plusieurs forces, comme la crise financière, qui vont transformer notre façon de vivre, et l'énergie en est une. [...] Le Canada se trouve dans une position différente de celle des États-Unis parce que vous n'êtes pas des exportateurs de pétrole, du moins pour le moment. Mais qui sait combien de temps ça va durer? [...] Ma réflexion, en tout cas, se base sur les États-Unis, où on se dirige vers une impasse. On importe maintenant les trois quarts de l'essence qu'on utilise. Et avec la rareté qui va augmenter, ça deviendra probablement encore plus difficile. On ne pourra plus se payer les énormes distances qu'il faut parcourir sur les routes pour aller travailler et le chauffage de nos maisons gigantesques.
Q Et si le coût des déplacements devient hors de prix, les banlieusards seront obligés de déménager?
R Il n'y a pas vraiment d'alternative en matière de transport. Les gens en banlieue éloignée ne pourront pas se priver de leur voiture pour prendre le train - il n'y en a pas de train, il n'y a pas de bus, il n'y a rien. Ces endroits n'ont pas été conçus pour ça, ils ne sont pas équipés pour la transition. [...] Ils ont été créés quand les prix de l'essence étaient bas, ils sont déconnectés des autres parties de la société dont on a besoin, des écoles, des institutions culturelles. Ils se sont formés dans des endroits éloignés et n'ont pas été reliés ensemble. Et les maisons sont trop grandes pour le peu de gens qui y habitent.
Q Il y a beaucoup de familles qui aiment leur vie en banlieue. Ne pensez-vous pas qu'elles vont vouloir rester malgré tout?
R Elles vont se battre tant qu'elles peuvent. Mais c'est une bataille perdue d'avance. Un exercice futile. Ce que vous allez voir, c'est une grande campagne pour faire du développement durable avec ce qui n'est pas durable. On s'est tellement investi dans ce mode de vie que ça devient impensable de le laisser tomber.
Q Les énergies alternatives ne pourraient-elles pas régler le problème?
R Non, c'est une lubie. On ne fera pas rouler Wal-Mart avec une quelconque combinaison d'énergies alternatives, éthanol, éolien, solaire, nucléaire, les sables bitumineux, peu importe. Ce ne sera pas suffisant. C'est de la pensée magique. Je ne suis pas contre les énergies alternatives. Mais on va être déçu. La banlieue ne peut pas fonctionner de la même façon avec ces énergies. La vérité, c'est qu'on va devoir vivre autrement.
Q Et comment?
R Il va falloir vivre dans des villes plus compactes, dans des quartiers où on peut se déplacer à pied. Il faut concentrer nos efforts sur la qualité du développement urbain et trouver des moyens d'améliorer l'espace pour qu'on y marche plus facilement. On doit arrêter de mettre nos efforts pour faire du développement durable avec ce qui ne l'est pas, comme notre système dominé par la voiture.











