La déclaration de l'auteur américain et ténor du «nouvel urbanisme», qui prononçait mardi une conférence à l'Université Laval, a été saluée par une salve d'applaudissements. Compte tenu de la richesse hydroélectrique du Québec et de l'explosion appréhendée du coût du pétrole, «il n'y a pas d'excuses pour passer à côté» d'une forme ou une autre de transport en commun électrique.
D'autant qu'on assistera bientôt, avec l'explosion du coût des maisons et la nouvelle donne économique, à la disparition de la classe moyenne, croit-il. «Dans un futur rapproché, plusieurs citoyens n'auront plus les moyens financiers pour se déplacer en voiture. Ces gens vont se faire entendre, parfois violemment, et exiger un meilleur transport en commun. L'idée peut sembler farfelue en ce moment, mais elle s'imposera rapidement comme une évidence.»
Cet ardent critique de l'étalement urbain voit une impasse dans le modèle actuel. Mais il pourfend aussi les écologistes qui veulent multiplier les espaces verts partout dans les centres-villes. Il faut, dit-il, des lieux végétaux utilitaires mais, surtout, construire intelligemment pour densifier.
M. Kunstler, qui prône des villes plus compactes où on peut se déplacer à pied ou en transport en commun, ne prétend pas qu'il faille réinventer la roue : suffit de s'inspirer du passé. Le Vieux-Québec n'est pas seulement populaire auprès des touristes parce qu'ils peuvent s'acheter un souvenir : ils se sentent bien dans une ville à dimension humaine. Entre autres «parce qu'ils n'ont pas les autos dans la face à tout moment».
Quant au transport en commun, il suffit de regarder le modèle implanté à Québec au début du XXe siècle : lire alors qu'il y avait un tramway. M. Kunstler préconise aussi l'installation de trois ou quatre funiculaires pour relier la basse ville à la haute ville.
M. Kunstler avait un message pour ceux qui croient qu'il y a une solution magique pour perpétuer l'étalement de la banlieue : «Oubliez ça : ça n'arrivera pas. Il faut penser autrement.» Il avait aussi un avertissement. On aura bientôt besoin de grandes terres agricoles accotées aux villes pour retrouver (en partie) une production plus locale de nourriture, en raison des coûts grandissants de transport.
Pour Alexandre Turgeon, le président de Vivre en ville, cette conférence résonnait comme de la musique à ses oreilles. Pour lui, il devient encore plus évident, même s'il répète le même message depuis des années, que politiciens, citoyens et promoteurs doivent se concentrer sur l'essentiel : un meilleur aménagement urbain. «L'aménagement et le transport urbains, ça prend beaucoup de temps. Si la crise du pétrole et ses conséquences s'en viennent aussi vite que le prétend M. Kunstler, on est déjà en retard...»












